Nobel
« Un vrai Nobel de littérature », par Maurice Mourier [En attendant Nadeau, 21/10]. La consécration de Laszlo Krasznahorkai est une merveilleuse surprise : enfin un prix Nobel qui récompense la littérature ! L’occasion d’entrer dans une œuvre originale, engagée, empathique, pleine d’humour et de poésie.
On lira ICI le texte complet de l’article de M. Mourier.
[Extrait] « [... ]Et puis les jurés d’un prix littéraire, n’importe lequel, sont des citoyens enfoncés jusqu’au cou, comme les autres, comme nous, dans le marigot de l’actualité, cette réalité considérée à tort comme plus excitante que la médiocrité du quotidien. Aussi ne doivent-ils pas être blâmés de succomber le plus souvent à la pression de chaque mode qui passe, ce qui les oblige à distinguer ce dont tout le monde en même temps parle : les dernières nouveautés « de société », les soubresauts divers, provisoires ou appelés à devenir pérennes, de l’économie, de la politique, de l’écologie, de la science, de la morale, du conditionnement légal ou non de la sexualité humaine, de la situation globale des communautés, ou singulière des individus, bref de ce qui est sujet de conversation et d’attention pour « l’universel reportage », comme dit Mallarmé. [...] Krasznahorkai, lu partout sur la planète cultivée, reconnu chez lui et à l’étranger mais jamais bestseller, est à l’évidence un écrivain pour happy few, d’où la surprise et l’émerveillement de le voir porté au pinacle et par là même promis à une bien plus large reconnaissance. Mais aucun écrivain majeur, et celui-ci en est un, n’est hors sol. Celui-ci peut-être moins encore qu’un autre. Il n’est jamais question chez lui, et cela dès son premier roman, Tango de Satan (1985), terrible récit des intermittences de la cruauté et de la compassion, de se tenir loin des préoccupations communes, jamais de se cantonner à un culte hautain de l’art pour l’art. Dans aucun de ses livres ultérieurs, même ceux écrits après 2000, après la découverte éblouie de l’esthétique extrême-orientale, on ne trouverait un signe de condescendance à l’égard des gens ordinaires, « ceux qui ne sont rien » comme les a si explicitement définis un politique qui n’a pas fini de le payer. »
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