Les éditions Capricci en quelques mots
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Nous recevons ce communiqué de Thierry Lounas
"Beaucoup de choses ont circulé dernièrement sur Capricci : sa vie, sa mort, surtout sa mort d’ailleurs, en particulier celle annoncée des éditions. On y parle assez peu des ouvrages et encore moins de ce qu’a été cette aventure. Alors, pour celles et ceux que cela peut intéresser, je me permets ici de rappeler brièvement cette histoire qui a constitué, au sein du label Capricci, un tournant important et une certaine idée du cinéma que nous avions, qui ne visait ni la fortune ni la gloire. On ne crée évidemment pas une maison d'édition cinéphile pour gagner de l’argent ou aller chercher des prix sur scène.
"J’ai créé les éditions en 2006, suite à l’échec de la reprise des Cahiers du cinéma par le duo que je formais avec Emmanuel Burdeau, accompagné d’anciens des Cahiers, de P.O.L et avec le soutien, entre autres, de Jean-Luc Godard, Chantal Akerman ou Jacques Rancière. Je les cite, car tous les trois ont aussi marqué l’histoire de Capricci. Ça a été la sortie de l’intégrale des films d’Akerman, conçue à l’époque par Julien Rejl ; c’est le livre de Jacques Rancière sur Béla Tarr, un des premiers ouvrages de Capricci à être traduit dans plusieurs langues ; c’est enfin le dernier projet en date, le troisième tome de JLG par JLG, que m’a proposé Alain Bergala.
"Les éditions Capricci sont d’abord nées d’une amitié, celle avec Jean Narboni, ancien rédacteur en chef des Cahiers et créateur de la mythique collection Cahiers / Gallimard (je me souviens encore de la couverture grise métallique des écrits d’Oshima). C’est lui qui m’a donné l’envie, après l’arrêt de l’édition de livres aux Cahiers, de poursuivre à Capricci des publications qui marieraient plusieurs registres (essais sur le cinéma, monographies, livres d’entretien…), plusieurs formats, associant en permanence l’actuel et le passé. Outre ses conseils précieux, Jean Narboni a offert aux éditions plusieurs ouvrages, dont le fameux Pourquoi les coiffeurs ? sur Le Dictateur de Chaplin.
"Au départ de ces éditions, il y avait aussi l’idée qu’être producteur et distributeur de films sans être éditeur de livres avait quelque chose d’inachevé. Pour nous qui venions de la critique, fabriquer, montrer et commenter formaient un seul et même geste. Il s’agissait d’accompagner les cinéastes que nous aimions là où nous le pouvions, là où parfois ils en avaient besoin. Ça a été Straub, Ferrara ou HPG en production, ou Hong Sang-soo, Bi Gan, Pialat ou Mizoguchi en distribution. Cela a donné lieu à une collection de livres/DVD autour du travail de cinéastes comme Serra ou Costa.
"On doit à Emmanuel Burdeau d’avoir beaucoup œuvré pour les éditions Capricci avec sa « Première collection », où ses deux livres d’entretiens avec Werner Herzog et Judd Apatow reflétaient particulièrement l’envie de converser avec le cinéma et donc avec les cinéastes. Et pour donner aux éditions une vitesse critique, nous avons créé ensemble une collection de petits livres à lire dans les transports, Actualité critique, où figurait le Clint fucking Eastwood de Stéphane Bouquet, lui aussi un compagnon de toujours de ces éditions et un ami. Il y a toujours eu à l’œuvre chez Capricci l’idée de parcourir inlassablement l’ensemble du spectre du cinéma, en conciliant geste critique et figure populaire, idée totalement incarnée par le bel essai de Jérôme Momcilovic sur les prodiges d’Arnold Schwarzenegger. Enfin, dernier défi qui m’intéressait après avoir créé la revue SO FILM : donner au récit de cinéma une place nouvelle en créant une collection d’histoires autour d’actrices et d’acteurs, les Capricci Stories, à mi-chemin entre journalisme d’anecdotes au sens noble et littérature de cinéma.
"Des livres, il y en a eu plus de 200. Ils ont tous été fabriqués par Camille Pollas, qui m’a accompagné depuis le début, il y a 20 ans, avant de devenir le responsable des éditions, assisté de Maxime Werner. Ils ont formé le duo des éditions ces dix dernières années. Parmi ces ouvrages, l’un de ceux dont je suis fier, c’est sans doute notre « worst-seller », un ouvrage consacré aux textes de Michel Delahaye, écrivain et aventurier, supervisé par Pascale Bodet et Serge Bozon. Ce livre, qui méritait absolument d’exister, par la beauté et la liberté des textes, par la fidélité aussi à une histoire de la critique, personne d’autre que Capricci ne l’aurait fait, et c’est sans doute pour moi la plus belle raison d’être d’une maison d’édition. Et puis il y a bien sûr le Cassavetes par Cassavetes et le best-seller, Faire un film de Sidney Lumet, qui à eux seuls résument l’identité même de Capricci, un peu à la manière de la collection Cinéma de notre temps d’André S. Labarthe : un lieu où la fabrication du cinéma et la parole sur celui-ci s’accompagnent indissociablement l’une et l’autre.
"Merci à tous ceux qui ont fait cette histoire. "
To be continued