Le cinéma et la télévision à l’heure des "consultants" et des contrôleurs tout puissants
« Elle avait un avis sur tout et n’importe quoi. [...] Elle avait à cœur de challenger les intrigues en cours de rédaction les plus complexes, les motifs généraux préférés des spectateurs, avec à peu près n’importe quel enjeu de société qui lui passait par la tête : les violences sexuelles, la liberté sexuelle, le terrorisme sexuel, le féminisme, les tensions ethniques, le droit de vote, le mouvement pro-sexe, le mouvement pro-règles, le choix des pronoms personnels. Anya avait mis au point ce qu’elle appelait un "tableur de la diversité", véritable carte de bingo où chaque équipe de production devait idéalement piocher trois problématiques à traiter par saison : le suicide, les maladies mentales, les armes à feu, les services de santé pour tous, les prédateurs sexuels, les murs aux frontières, la ségrégation scolaire, les discriminations dans l’accès aux prêts bancaires, les drogues du viol, l’endométriose, la body positivity, les déclarations fiscales de Donald Trump, l’homophobie, l’islamophobie, l’islamophilie, les cures de jeu, la "question des réfugiés", les campagnes de découragement de l’électorat, la prévalence des papillomavirus humains. Et en bonus, cinq types d’avortement différents – du deuxième trimestre, clandestin, légal, accidentel (!), du troisième trimestre – dont toutes les séries auraient traité si cela n’avait tenu qu’à elle. Pour Anya, on ne parlait jamais assez des différentes façons dont on pouvait interrompre une grossesse. » Taffy Brodesser-Akner, Le compromis de Long Island [2024], traduit de l’anglais par Diniz Galhos, Calmann Lévy, 2025.
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