Lectures pour tous : Edgar Hilsenrath
« Madame Shmulevitch : visage de momie. Je lui donnerais facile quatre-vingt-dix ans. Mais ça ne peut pas être ça. [...] Non. Elle ne peut pas être aussi vieille, impossible. Car les yeux, dans son visage de momie, sont étrangement vivants. De furieux petits yeux d’oiseau, dont la force hypnotique cloue chacun au poste de travail qui lui est assigné : apprentis, coiffeurs, manucures, cireurs de chaussures et même Shmuel Shmulevitch, le patron. Comme on dit dans la boutique, pardon, dans le salon : "Quand elle vous regarde, on bosse. On met les bouchées doubles sans gaspiller son temps." Oui. Quand Madame Shmulevitch lève les yeux, plus personne n’ose se curer le nez, se gratter le derche, voire fumer une cigarette : ça coupe, ça tond, ça rase, ça racle, ça masse, ça peigne, ça lotionne, en un mot : ça travaille. » Le nazi et le barbier [1977], traduit de l’allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb, Le Tripode, 2018.
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