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le vieux monde qui n'en finit pas
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6 juillet 2023

Lectures pour tous : Jakob Wassermann

« Lorsqu’on l’arrêta dans un hôtel de Hambourg, le commissaire de police lui ordonna de sortir de son lit; il ne lui permit pas de s’habiller et il lui fallut attendre, en chemise, que tous ses vêtements eussent été fouillés, tous ses papiers et sa correspondance examinés. Pendant de longues années, le faciès de bouledogue de cet homme est resté l’une des visions de cauchemar qui torturaient son imagination, comme l’air méprisant avec lequel il avait bouleversé son linge élégant, son hochement de tête d’envie refoulée et de vengeance satisfaite; ce hochement de tête de petit bourgeois en disait long sur tout un monde, tandis qu’il considérait les objets de toilette et l’étui à cigarettes en or. Puis, la première nuit de prison en compagnie d’un vieil entremetteur et d’un voleur syphilitique, la nourriture, le plat de navets en bouillie qu’on vous passe d’un air bourru, la puanteur, la saleté, la voiture cellulaire, le voyage en chemin de fer avec deux gendarmes, s’essayant déjà, pour le plaisir, à lui poser des questions fallacieuses, la prévention, le juge d’instruction déjà renseigné sur le crime, sur tous les tenants et aboutissants, et qu’aucune objection ne prend au dépourvu, écoutant de l’air du monsieur qui sait à quoi s’en tenir telle explication d’un témoignage accablant, prescrivant interrogatoire sur interrogatoire le matin, le soir, la nuit, poussant si loin cette torture que le cerveau n’était plus dans la tête qu’une masse incandescente et douloureuse, vous tendant des pièges défendus, essayant de vous effrayer par la sévérité, de paralyser la résistance par une douceur exagérée, tantôt promettant et tantôt menaçant, se servant de "moutons", faisant appel a tout l’appareil d’une justice ténébreuse, intimidant les témoins, travaillant infatigablement à un tissu dont le dessin lui était tracé et qu’il devait exécuter, car ainsi le voulaient sa charge et sa mission. On appelle alors de tous ses vœux la fin de ce supplice, le cœur épuisé soupire même après le martyre de la cour d’assises. On ne voit, on n’entend, on ne sent plus rien, on ne veut plus lutter, on a abdiqué, on se tait. Tout vous est devenu indifférent. » Jakob Wassermann, L’affaire Maurizius, 1930, traduit de l’allemand par Jean-Gabriel Guideau, Archipoche (2000).

laffairemaurizius

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