Sacrifions maintenant au rite un peu glauque de la liste de nos petits préférés, dans la masse des films visionnés en 2008. Comme on le dit çà et là, l'année ne fut pas des plus grandioses. Lorsqu'on a évacué de ce corpus de quatre cents films :

tout ce qui est antérieur aux derniers Lubitsch, Cukor et Minnelli ;

tout ce qui est signé Pierre Etaix et que je ne puis, au risque d'être jeté en prison par les sbires de producteurs procéduriers, prétendre avoir vu cette année-là ;

tout ce qui est l'objet de rééditions numériques (que serait 2008 sans le coffret Rozier chez Potemkine-Agnès b., sans le pavé Demy chez Varda-Arte, sans le bloc des westerns de Boetticher chez Warner Broze, sans les nippophiles coups de génie de Carlotta et Wild Side, sans les Sirk de Carlotta, sans l'inlassable labeur du cocher de la "Geste documentaire" chez Montparnasse, j'ai nommé mon camarade Patrick Leboutte ?) ;

tout ce que j'ai vu sur DVD avec deux, trois ans de retard (pour pallier les défaillances sytémiques de la distribution commerciale, tant dans le sud-Morbihan qu'à Bruxelles-plus-si-belle) ;

tout ce qui relève de la série (mais j'attends l'occasion de me trouver devant une chope avec le docteur Orloff pour lui démontrer qu'Oz, Lost, Six Feet Under, The Sopranos, The Wire et Deadwood pour ne citer que ces six-là, valent bien mieux que les vestiges de feu le cinéma de genre américain ; et faire en sorte qu'il tombe sur-le-champ amoureux fou de Veronica Mars, cette strabique rejetonne de Buffy mâtinée d'Ally McBeal, aussi finaude qu'une Laura Palmer qui aurait bossé à l'école au lieu de traîner avec n'importe qui... si d'aventure le docteur connaît un peu la tauromachie, il sait ce qu'est une veronica, et la partie est gagnée) ;

tout ce qui dure moins d'une heure et/ou n'a pas fait l'objet d'une diffusion cinéma (exit les géniaux journaux vidéo de Pierre Léon, par exemple) ;

tous les mauvais films, les nanars poisseux, les films avec Gérard Jugnot, les pensums, les pseudo-films d'auteur pondus à la chaîne par des diplômés des grandes écoles, les paris de producteurs, les biographies de chanteuses, les machines conçues pour détourner du tax-shelter...

quand on a évacué tout ça... pas de panique, même si ce n'est pas le niveau de 1947, 1954 ou 1971, il reste de quoi constituer une liste qui tient à peu près debout.

La voici. Non argumentée. Dans le désordre alphabétique des noms de réalisateurs, sauf le numero uno.

Diary of the dead de George A. Romero

Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen
There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson
Louise-Michel de Benoît Delépine et Gus Kervern
Shiva de Ronit et Schlomi Elkabetz
Vals im Bashir de Ari Folman
Le voyage du ballon rouge de Hou Hsiao-Hsien
3:10 to Yuma de James Mangold
Hunger de Steve McQueen
Shine a Light de Martin Scorsese
Wassup 2008 de Charles Stone III (les règles sont faites pour qu'on les transgresse)

à quoi j'ajouterai une pensée aimable pour Michel Gondry (Be Kind Rewind), dont on ne dira jamais assez de bien

et un bouquet à chacune de mes deux actrices de l'année,

Ronit Elkabetz (cette année-là: Shiva et La visite de la fanfare)

et Hiam Abbass (cette année-là: Etz limon et TheVisitor)

Incise. Remords d'après après-huîtres. Une version corrigée de cette liste
apparaît plus loin, à la date du 5 janvier. J'entends d'ici les cris d'amis déçus.
Et de Ben, furieux. Mais on est comme ça. C'est fou, les libertés qu'on prend, avec les blogs
.

Avant l'extinction des feux, quelques images des dernières scènes du dernier film que j'ai vu l'année dernière.

Avec des baisers infinis à Jacques et Agnès, à Gary Lockwood
(putaingue, il est encore plus cracougnos que chez Kubrick),
à Anouk et à toutes les Lola de notre connaissance.

Et si, après tout, Adieu Philippine, Model Shop, Two-Lane Blacktop
et Vanishing Point n'étaient qu'un seul et même film ?

model1

model3

model4