Liste lacunaire et hasardeuse, dans la mesure où je persiste dans ma mauvaise habitude de n’aller plus guère au cinéma et de rater consciencieusement même des films que j’ai très envie de voir (par exemple Drive et Une séparation).

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Pater, d’Alain Cavalier
Plaisir enfantin et malicieux de jouer avec le cinéma, d’inventer un dispositif pirandellien inédit, d’une évidence limpide à la projection (mais quasiment impossible à expliquer après coup en deux mots à quelqu’un qui n’aurait pas vu le film), de repenser le paradoxe du comédien, les frontières poreuses entre le réel et la fiction, de donner simultanément à voir le film en train de se faire, ses coulisses et son making of. Science du cadre (d’une précision millimétrée tout en restant d’une légèreté impalpable), splendeur de la lumière (une des plus belles photos jamais vues sur support numérique).

Midnight in Paris, de Woody Allen
D’un cinéaste qu’on dit nostalgique, un film enchanteur sur les illusions de la nostalgie. J’aime la provocation tranquille de l’ouverture (« Puisqu’on me traite de touriste international épris de jazz démodé, je m’en vais vous coller un morceau intégral de Sidney Bechet sur des plans outrancièrement touristiques de Paris. ») Et puis la croyance intacte d’Allen dans le pouvoir magique du cinéma: là où d’autres dépensent des millions en effets spéciaux, il suffit ici d’un simple raccord entre deux plans de voitures en marche pour nous faire voyager dans le temps (en nous rappelant au passage que toute collure de montage dissimule une faille spatio-temporelle).

Contagion, de Steven Soderbergh
M’a plu pour tout ce qu’on lui a reproché. Le rythme étale, l’approche froide, clinique, dédramatisée, un minimum de concessions au sentimentalisme. Tout ce que Soderbergh avait loupé dans Traffic, sur le plan de la forme et de la construction, m’a paru ici abouti.

Lynch Empire, d’Olivier Smolders
Court métrage visible ici  ou . J’en ai dit un mot ici.

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Séances de rattrapage

No Country for Old Men, de Joel et Ethan Coen (2007)

The Ghost Writer, Roman Polanski (2010)
L’argument, on l’a déjà vu cent fois. Mais pour une fois il y a un vrai metteur en scène aux commandes — et pas un type qui change de plan toutes les trois secondes parce qu’il ne sait pas où placer sa caméra —, un sens du lieu, de l’ambiance et du non-dit, une angoisse partout palpable sans qu’on puisse en localiser la source, sans oublier une interprétation de grande classe — Brosnan toujours parfait dans les rôles d’ordure (Cf. le Tailleur de Panama), et Olivia Williams, quelle femme !

Colloque de chiens, Raoul Ruiz (1977)
Jappements de joie ici.

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Télévision

Mad Men, Matthew Weiner, saisons 3 et 4, États-Unis (2009-2010).
Dont on vient d’apprendre avec stupéfaction, grâce à Barbet Schroeder, que le modèle caché était Les Bonnes Femmes de Claude Chabrol ! Voir par .

mad men

Tinker, Tailor, Soldier, Spy, de John Irvin (1979)
D’après la Taupe de John Le Carré. Voir ici.

Prime Suspect, saisons 1 à 7, divers réalisateurs (1991-2006)
Remarquable série intermittente qui se sera étalée sur quinze ans, le temps d’accompagner et de voir vieillir l’inspectrice Jane Tennison jusqu’à sa mise à la retraite, de l’observer passer autant de temps à courir le malfrat qu’à lutter contre la collusion des membres de la classe dominante, le machisme ordinaire de ses collègues et de sa hiérarchie. Une enquête par grand épisode de trois heures, avec la force des meilleures séries criminelles britanniques: refus absolu du glamour, précision sociologique, description minutieuse des procédures d’investigation dans ce qu’elles ont d’ingrat, de terne et de répétitif. Helen Mirren est d’autant plus prodigieuse qu’elle ne cherche pas spécialement à nous rendre son personnage sympathique. Quelle femme ! (bis)

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Images : Pater, Mad Men, Prime Suspect