Le fils unique [一人息子], que Ozu réalisa en 1936 et qui restait (semble-t-il) inédit en France, vient de sortir sur quelques écrans. Pour qui n'a pas la chance de le voir projeté non loin de chez lui, en voici une copie complète, identique à la version qui circule, après restauration par Carlotta. Le 9 octobre, cette firme commercialisera le DVD du film.

J'aime le compte rendu qu'en fait Émile Breton dans L'Humanité. En voici les premières lignes :

Le Fils unique (1936) est peut-être le plus beau film d’Ozu. Le plus poignant. On se dit ça après chacun d’eux. Car ceux qui sont une fois tombés sous le charme de ce cinéaste japonais du « presque rien », pour reprendre les mots de Jankélévitch, ont bien sûr vu plus d’une fois, en salles ou en DVD, les plus connus d’entre eux, de Gosses de Tokyo (1932, il avait vingt-neuf ans, et c’était son vingt-quatrième film) au Goût du saké, trente ans et trente films plus tard, un an avant sa mort. Or, ce Fils unique était inédit en France et c’est donc avec lui, une fois de plus, le bonheur de la découverte, et la question encore une fois posée: d’où vient le charme ? C’est, comme toujours, une histoire simple: dans un village de campagne, une femme pauvre se décide à envoyer son fils au collège puis à l’université. « Je serai un grand homme », dit le gamin, décidé à ne pas décevoir sa mère. Treize ans plus tard, elle le retrouve à Tokyo, capitale de toutes les ambitions, marié, père d’un enfant, professeur à mi-temps. Pauvre. C’est tout. Et c’est, à touches légères, une histoire du Japon des années trente. L’art d’Ozu est ici à son comble et peut-être est-ce la proximité du cinéma muet, auquel il a déjà tant donné, la nécessité pour un réalisateur d’évoquer plus que de dire, qui donne au film sa force de suggestion. [l'article, intitulé « L'effleurement du pinceau sur la toile », se trouve ici]