Dans La tentation des armes à feu, je trouve intrigantes ces quelques lignes
sur les aléas d'une mémoire baladeuse entre l’Uruguay et le pays nazairien.

« Au-delà même des lieux infiniment nostalgiques comme le bar à tango Sorocabana, la séduction pernicieuse et poétique qu’exerce l’Uruguay, pour qui a grandi en Bretagne, doit beaucoup à cette impression de voyager dans le temps sans se déplacer dans l’espace. Le climat est le même, et les paysages uniformément allongés sur l’horizon du Rio de la Plata, rappellent ceux de l’estuaire de la Loire, à peu près à égale distance de l’Équateur dans l’autre hémisphère. Les petits balnearios de la côte atlantique comme La Paloma, ou Cabo Polonio, en remontant vers le nord et la frontière du Brésil, ressemblent aux stations balnéaires de L’Océan ou de Tharon-Plage autrefois, dans les années soixante, avec leurs bazars de souvenirs, leurs piles de bouées multicolores et les bouquets d’épuisettes pour les enfants, leurs boutiques de poupées en coquillages ou de baromètres décoratifs, leurs parterres de fleurs géométriques au milieu des ronds-points peints en blanc. Ce petit pays du cône Sud où s’étaient inventées, en quelques dizaines d’années, l’immense beauté des Chants de Maldoror de Lautréamont et la légèreté de L’homme de la pampa de Jules Supervielle (et celle de Jules Laforgue aussi, et les figures charmantes sur la trame de l'universelle illusion du poète mort à vingt-sept ans), nourrit un amour immodéré pour un Paris qui n’existe plus ailleurs qu’à Montevideo. » [Patrick Deville, 2006].

Autant de raisons de réécouter Rina Ketty ("Montevideo", 1939).