« Un banc de maquereaux par exemple: t’es-tu jamais posé la question de ce qu’ils sont les uns pour les autres ? Des maris et femmes ? des pères et des filles ? des grands-mères et des petits-fils ? Les bancs de poissons semblent nous offrir l’image d’une communauté parfaite. En vérité, ces poissons sont tous pareils, ils ont tous le même âge. Ils ont nés de la même couvée. Les œufs et les larves dont ils sont sortis se laissaient porter dans les mêmes courants. Ils sont nés et mourront ensemble, pratiquement à la même heure. Il n’y a qu’une seule chose qu’ils ne partageront pas, c’est la copulation. Car, bien que faisant tout ensemble et vivant en une intense et commune intimité, ces poissons ne se touchent jamais. Et, pour se reproduire, ils se délestent dans l’eau de leur semence, ovules et sperme, espérant fortement, j’imagine, que ceux-ci se trouvent et se fécondent d’eux-mêmes. Preuve s’il en est que la promiscuité n’engendre pas forcément l’orgie. Cet autre poisson, par exemple, la coquette: elle change de sexe selon les besoins de son groupe. S’il manque des mâles pour la reproduction, elle en devient un; au contraire du poisson clown, qui lui peut se transformer en femelle si besoin. Quant au corail on l’a d’abord pris pour une pierre, puis une plante (et on a donné à sa cousine l’anémone le nom d’une fleur), pour enfin s’apercevoir qu’il était un animal. À l’opposé du maquereau il peut – le veinard – choisir entre cinq stratégies de reproduction. Trois par reproduction sexuée: soit en devenant mâle, soit en devenant femelle, soit en étant les deux; et deux par reproduction asexuée: par fragmentation, en brisant une de ses branches par exemple, ou enfin par clonage. »

David Wahl, La visite curieuse et secrète,
ou Relation véritable de choses inouïes se passant en la mer et ses abysses
,
Riveneuve Éditions/Archimbaud éditeur, 2015

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coquette

coquette mâle