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le vieux monde qui n'en finit pas
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24 mars 2020

Brisseau, pour mémoire [encore]

Une lettre de Lisa Herédia, rédigée au lendemain des César, le mois dernier

 

Petite lettre impertinente à Mesdames et Messieurs les grands professionnels du cinéma,
très, très, particulièrement aux responsables des César.

De la part de Lisa Garcia, compagne et collaboratrice de Jean-Claude Brisseau.
(excusez le retard, mais j’ai mis quelques jours à me remettre de votre soirée.)

Vous avez décidé, en pleine conscience de ne pas mettre Jean-Claude Brisseau dans les disparus en 2019. Juste une petite photo, vite fait entre deux ou trois autres, ça aurait suffi.

Mais non, ça a été plus fort que vous, il n’y était pas mon Toto. (Je l’appelais comme ça.)

La grossièreté, l’injustice, la violence, l’ignominie de son absence, ça je dois le reconnaître c’est bien net, c’est bien clair. Je comprends le message. Mais comme il disait, Toto « Les bras m’en tombent ! »

Jean-Claude Brisseau est considéré comme un des trois ou quatre plus grands cinéastes français des quarante dernières années, un des plus originaux, des plus marquants. En France et à l’étranger. C’est un fait, reconnu, ne vous en déplaise.

Il n’était pas riche, il n’avait aucun pouvoir, il n’était pas soutenu par les puissants. Ça aussi, ce sont des faits, établis.

Alors je m’interroge sur ce qui se passe dans votre chou: êtes-vous atteints de crétinisme profond ? Êtes-vous tellement imbus de votre pouvoir et de vous-mêmes, que vous ne voyez pas ce que vous avez fait ?

Non, à l’évidence.

Alors je vous éclaire de ma lanterne.

Après tous vos récents discours très, très déontologiques, vous, tout seuls, comme des grands, vous avez montré au monde entier, en direct à la télé, que vos actes, vos décisions, bref votre politique, ce n’est ni la démocratie, ni la reconnaissance du talent artistique.

Mais non, que nenni. C’est comme dans la fable de La Fontaine: « Selon que vous serez puissant ou misérable les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Et oui, deux poids, deux mesures. Tous les honneurs d’un côté, et de l’autre vous vilipendez, même, vous effacez l’existence. Comprenez bien que je ne parle que de vous et de vos actions, vous, décideurs des César.

Et arrêtons tout de suite les malveillants, les affabulateurs et autres Tartuffe. Jean-Claude Brisseau s’est soumis à la justice, il n’y a eu aucun viol, aucun attouchement. Le procès l’a établi.

C’est le fait de demander à des comédiennes parfaitement prévenues et consentantes, de faire des essais pour les scènes érotiques contenues dans Choses secrètes, qui a constitué le harcèlement sexuel pour lequel il a été condamné, et a payé il y a quinze ans.

Je sais, je sais, certains disent même qu’il a torturé des jeunes filles, c’est presque devenu une légende urbaine.

Dans les hautes sphères jusqu’à il n’y a pas si longtemps, franchement, ce que les gens faisaient de leur cul ou du cul des autres ça vous laissait indifférents. Juste fallait pas en parler.

Mais non, ce que vous avez fait n’a rien à voir avec l’affaire de harcèlement sexuel.

Et là, on revient aux fondamentaux: il s’est toujours agi entre une partie de la profession et Jean-Claude Brisseau de rapports de classe, oui, au ras des pâquerettes.

Jean-Claude était un prolo, fils de femme de ménage; affublé en plus de sa « petite Lili »(ça c’est moi), prolo immigrée fille d’employée de maison, eh oui, moi aussi j’ai été femme de ménage. Hou la la, le mépris qu’on a reçu. Ça nous faisait presque toujours rigoler, on était si heureux de faire du cinéma.

On ne mettait pas tout le monde dans le même sac. Il y a eu des gens honnêtes, généreux, des gens talentueux, des amis sincères et fidèles. Le CNC a toujours été bienveillant vis-à-vis de Jean-Claude.

D’ailleurs, ils ne le savent pas, mais c’est grâce à la demande d’avance sur recettes pour Choses secrètes qu’on a prouvé que Noémie Kocher mentait de manière éhontée, sans le moindre scrupule dans sa toute première plainte où elle prétendait avoir écrit le scénario. Mais c’est une autre histoire.

Donc, Mesdames et messieurs grands responsables des César, je reste sidérée par l’étalage de votre bêtise. Il me faut reconnaître que c’est une bêtise remarquable, vraiment, une bêtise dont la profondeur abyssale atteint des sommets rarement égalés.

Bien entendu, vous pouvez me mépriser allégrement, moi et ma petite lettre. Je me fais vieille et à part quelques amis, qui se comptent sur les doigts d’une main, personne ne me soutient, je n’ai aucun pouvoir, et je suis pauvre (je vais certainement me retrouver femme de ménage, ça doit être dans les gènes !).

Alors qu’est-ce que je pourrais bien faire ? Vous traiter de petits bourgeois minables, et de dégueulasses ? Vous cracher à la gueule ?

Même pas. Je vais essayer de rester bien droite face au mépris et aux torrents de haine que je vais recevoir. J’assume.

J’ai assumé oui, pendant près de quarante-sept ans, l’amour fou, le travail passionnant, le chagrin, les lettres anonymes, toutes les emmerdes et les racontars, avec Jean-Claude Brisseau oui, mon Toto.

Alors pour sa nièce, son neveu, ses anciens élèves, tous ces êtres humains qui ont tant compté pour cet autre être humain qu’a été Jean-Claude Brisseau, ce n’était pas la peine de l’assassiner vendredi dernier.

Jean-Claude ne reviendra pas parler en électron libre, ni faire de la concurrence à qui que ce soit. Vous savez, il est déjà mort.

Il est mort, mort, mort.

Pour ma petite maman de 98 ans qui ne me reconnaît presque plus, rien que pour elle, je vais garder mes dernières forces pour ne pas sombrer complètement.

Parce que ma peine est si grande, bien plus grande que votre bêtise et votre méchanceté réunies, que mon cœur ne peut la contenir. Mon cœur s’est brisé.

Alors Mesdames et messieurs les grands professionnels, décideurs des César, je ne vous salue pas. Non, vraiment pas.

Vous savez où me trouver et je signe de tous mes noms,

Maria-Luisa Garcia Martinez / Lisa Herédia / Monita del Monte / et Petite Lili.

[Amitiés à Lisa, ainsi qu'à Pierre Gabaston]

~

Brisseau et "Petite Lili" Lisa

brisseau-heredia

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Commentaires
G
je pleure moins qu'elle mais avec elle, quelle médiocrité à l'oeuvre dans ce pays
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