« [En juillet 1970, il donne deux concerts historiques à la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence. Le 25 novembre 1970, on retrouve son corps dans l'East River. Mort par noyade, dit la police. Il avait trente-quatre ans.] Un destin aussi fulgurant que l’œuvre et le souffle même du musicien – et l’une des rares figures, dans le jazz, de l’"artiste maudit" – l’incompréhension qu’il rencontre presque systématiquement au cours de sa brève carrière apparaissant aujourd’hui à la mesure exacte de sa nouveauté, de sa radicalité et de son importance. Le son d’Ayler – qui fit rêver Coltrane – réunit comme jamais la puissance, la violence, la dureté (il utilise des anches en plastique, les plus "dures" précisément, qui nécessitent une extrême pression du souffle), la plénitude et l’immédiateté: du plus grave au plus aigu, du plus lent au plus rapide, ce sont la gorge, la bouche, la langue (plus que les lèvres) qui sortent en notes, donnant l’impression de court-circuiter l’instrument lui-même et tout le jeu des clés. [...] Ainsi cette musique, au-delà de la poignante (et combien sincère) parole de paix, d’amour et de spiritualité que ressasse Ayler, fait-elle apparaître , dans cette lumière aiguë qui marque les fins autant que les commencements, le profond divorce – dont le jazz est issu – entre la source européenne et la source africaine – qu’il a toujours tenté de concilier. Comme chez Parker (l’autre grande voix jamais réconciliée), une bouleversante vérité du jazz se dit ici, qui dépassent toutes les (souvent sublimes) formations de compromis qui trament l’histoire de cette musique. » [Jean-Louis Comolli, 1988]

gotcha

Ca vient de sortir [au choix, cinq microsillons ou quatre CD]