Euplote gigatrox [photo au microscope par Ben Larson/Samuel Lord].
En guise d’introduction à l’univers des eucaryotes unicellulaires, on lira avec intérêt l’article de Robinson Araud dans Le Monde daté du 21/9. Où l'on voit que ces toutes petites bêtes sont nettement plus palpitantes que la plupart des candidats à la direction du monde. (Bibliographie disponible partout)
« Daniel Kaminsky mettrait plusieurs années à s’accoutumer aux bruits jubilatoires d’une ville ancrée dans le vacarme le plus insolent. Il avait très vite découvert que tout y était traité et réglé à grands cris, tout grinçait sous l’effet de l’oxydation et de l’humidité, les voitures avançaient au milieu des explosions, du ronflement des moteurs ou des longs beuglements des klaxons, les chiens aboyaient avec ou sans raison, et les coqs chantaient, même à minuit, tandis que chaque vendeur de rue utilisait pour s’annoncer un sifflet, une clochette, une trompette, un sifflement, une crécelle, un pipeau, un couplet bien timbré ou un simple hurlement. Il avait échoué dans une ville où, pire encore, chaque soir, à neuf heures précises, un coup de canon résonnait sans qu’il y ait de guerre déclarée ou de forteresse à fermer et où toujours, invariablement, dans les époques prospères comme dans les moments critiques, quelqu’un écoutait de la musique et, en plus, la chantait. » Leonardo Padura, Hérétiques [2013], traduit de l’espagnol par Elena Zayas, Métaillé, 2014.
On connaissait la Journée des p’tits zenfants, celle des femmes battues, de la protection des mouffettes, de la liberté de chasser même le week-end, du droit à travailler le lundi de Pentecôte, de l’effacement de la dette, de protester contre les trains en retard, et même la fête du Travail et la journée du droit de vote... Voici la journée mondiale de l’entartage. Une excellente idée, ou une belle connerie ? Georges, Jean-Pierre, Noël, revenez vite avant qu’ils vous élèvent une statue de marbre bleu au beau milieu du parc Royal à Bruxelles !
Au fin fond d’une zone commerciale glauque d’une sous-préf bretonne,
on n’oublie pas la littérature.
Clin d’œil au plus fameux des écrivains philosophes briochins.
« Je ne fais pas partie des documentaristes pour qui fonctionner en empathie avec leurs personnages consiste à manger avec eux, à prendre de leurs nouvelles, à rencontrer leur famille dans le rêve de construire une grande communauté filmique entre ceux qui regardent et ceux qui s’exposent. Ce n’est pas honnête. On ne force pas l’intimité. J’ai déjà des amis et je ne fais pas de films pour en trouver d’autres. » Frederick Wiseman, Cahiers du cinéma n°541, décembre 1999, propos recueillis par Oliver Joyard. Cité par Arnaud Hée dans Frederick Wiseman, Une œuvre infinie, à paraître aux éditions Warm à l’automne.
Enfin, quelqu’un qui ne nous saoule pas avec le paradis, saint Pierre, le bondieu, les retrouvailles au ciel avec Raoul et toutes ces inepties. Entarter la mort, en revanche, ça a du chien. Merci à Jérôme Sié, et à Willy.
« Chez les corvidés sociaux, comme les corbeaux et les corneilles, de nombreux naturalistes ont rapporté un comportement particulier en présence d’un congénère mort. On trouve ainsi dans la littérature des mentions de ce que certains considèrent comme un rite funéraire. Une corneille vient de mourir, mort accidentelle à la suite d’un accident de chasse, de l’action d’un prédateur, d’une collision, et toutes les corneilles du clan accourent, lançant des croassements forts, longs et monocordes. Bientôt ce seront des dizaines, voire une centaine de corvidés qui observeront la scène, posés à proximité ou en survol. Ces corneilles viendraient rendre un dernier hommage à ce congénère connu qui vient de mourir. [...] Une collègue américaine a réalisé ses travaux de thèse sur le sujet. [...] Elle a présenté à des corneilles un cadavre de congénère (une peau comme conservée dans les collections du Muséum), pour tester leurs réactions et enregistrer leurs réponses comportementales. Les corneilles présentes, bien vivantes, sont venues par curiosité, mais ne se sont pas engagées dans un quelconque rituel mortuaire d’adieu. En revanche, certains individus se sont approchés du corps sans vie et ont même essayé de s’accoupler avec cette peau posée au sol. Nous sommes bien loin d’un rite culturel témoignant d’une grande sensibilité... » Frédéric Jiguet, Vivent les corneilles, Actes Sud, « Mondes sauvages », 2024.