On connaissait la Journée des p’tits zenfants, celle des femmes battues, de la protection des mouffettes, de la liberté de chasser même le week-end, du droit à travailler le lundi de Pentecôte, de l’effacement de la dette, de protester contre les trains en retard, et même la fête du Travail et la journée du droit de vote... Voici la journée mondiale de l’entartage. Une excellente idée, ou une belle connerie ? Georges, Jean-Pierre, Noël, revenez vite avant qu’ils vous élèvent une statue de marbre bleu au beau milieu du parc Royal à Bruxelles !
Au fin fond d’une zone commerciale glauque d’une sous-préf bretonne,
on n’oublie pas la littérature.
Clin d’œil au plus fameux des écrivains philosophes briochins.
« Je ne fais pas partie des documentaristes pour qui fonctionner en empathie avec leurs personnages consiste à manger avec eux, à prendre de leurs nouvelles, à rencontrer leur famille dans le rêve de construire une grande communauté filmique entre ceux qui regardent et ceux qui s’exposent. Ce n’est pas honnête. On ne force pas l’intimité. J’ai déjà des amis et je ne fais pas de films pour en trouver d’autres. » Frederick Wiseman, Cahiers du cinéma n°541, décembre 1999, propos recueillis par Oliver Joyard. Cité par Arnaud Hée dans Frederick Wiseman, Une œuvre infinie, à paraître aux éditions Warm à l’automne.
Enfin, quelqu’un qui ne nous saoule pas avec le paradis, saint Pierre, le bondieu, les retrouvailles au ciel avec Raoul et toutes ces inepties. Entarter la mort, en revanche, ça a du chien. Merci à Jérôme Sié, et à Willy.
« Chez les corvidés sociaux, comme les corbeaux et les corneilles, de nombreux naturalistes ont rapporté un comportement particulier en présence d’un congénère mort. On trouve ainsi dans la littérature des mentions de ce que certains considèrent comme un rite funéraire. Une corneille vient de mourir, mort accidentelle à la suite d’un accident de chasse, de l’action d’un prédateur, d’une collision, et toutes les corneilles du clan accourent, lançant des croassements forts, longs et monocordes. Bientôt ce seront des dizaines, voire une centaine de corvidés qui observeront la scène, posés à proximité ou en survol. Ces corneilles viendraient rendre un dernier hommage à ce congénère connu qui vient de mourir. [...] Une collègue américaine a réalisé ses travaux de thèse sur le sujet. [...] Elle a présenté à des corneilles un cadavre de congénère (une peau comme conservée dans les collections du Muséum), pour tester leurs réactions et enregistrer leurs réponses comportementales. Les corneilles présentes, bien vivantes, sont venues par curiosité, mais ne se sont pas engagées dans un quelconque rituel mortuaire d’adieu. En revanche, certains individus se sont approchés du corps sans vie et ont même essayé de s’accoupler avec cette peau posée au sol. Nous sommes bien loin d’un rite culturel témoignant d’une grande sensibilité... » Frédéric Jiguet, Vivent les corneilles, Actes Sud, « Mondes sauvages », 2024.
Noël, notre compère, dit Le Grand Boudou, conseiller balistique de Georges Le Gloupier [de l’Internationale pâtissière] et concepteur d’impayables facéties, meneur de bringues arrosées à l’Oud Zottegem, ahurissant cinémaroufle et infatigable collectionneur de livres et de fi-films, auteur de l’indispensable Anthologie de la subversion carabinée (1986-2026) [dont la quatrième édition est sortie en avril dernier], vient d’être poussé vers la sortie par une longue et douloureuse maladie. Noël Godin était né à Liège en septembre 1945, il a posé ses kamiks à Bruxelles en ce triste dimanche d’août 2026. Comment allons-nous nous passer de sa présence singulière, de son humour allaisien rentre-dedans et de ses innombrables trouvailles langagières, de sa radicalité burlesque, de ses mots de désordre (Vive Ravachol ! Vive Fourier !), de son érudition picdelamirandolesque, de la tendre amitié et de la confiance dont il nous honora pendant quarante ans ? Pour sécher nos larmes, nous pourrons nous rappeler qu’il prenait à son compte l’affirmation d’Ernest Cœurderoy déclarant en 1854 dans Hurrah ! ou la révolution par les cosaques (il y en a comme ça des mille et des cent dans l’Anthologie) : « Le but de ma vie étant le bonheur, je dois être sans pitié pour cet abîme d’indescriptibles misères qu’on appelle civilisation, et voir avec joie tournoyer sur lui les plus grands fléaux et les plus redoutables malheurs. » Ciao, Noël.
le conseiller balistique
avec Sylvie, dite le Gnouf
les années 2000
au Testet, avec Yannis Youlountas (septembre 2014).
À l’arrière-plan, Raoul Vaneigem
Connie Crothers, née le 2 mai 1941 à Palo Alto (Ca), est morte le 13 août 2016 à New York (NY). Il y a donc dix ans jour pour jour. On écoute ici l’album qu’elle enregistra avec Max Roach en 1982, Swish. Silence, ou je fais évacuer la salle.