jean_bernard_pouy

« Peu à peu, il revint près du quartier du Petit-Maroc. Sous la façade vieillotte d'une ancienne usine, sur un étal en plein vent, de jeunes pêcheurs vendaient des huitres très vertes qu'ils servaient avec un petit verre de vin blanc acide. Yorgos les trouva délicieuses. C'était une fracture dans son malheur diffus, cette fraîcheur coulant dans le palais. [...]

« Il s'enfonça dans le petit bourg de Penhoet, en bout de port, très près des Chantiers, longeant une cale vide de paquebot, avec ses plots, au fond, comme des bubons de béton. Les grosses et antiques grues étaient maintenant très proches et inaccessibles en même temps. Elles ne paraissaient même pas assez fortes pour soulever le poids qui engourdissait encore sa poitrine. Et des jardins, des sablières, et ce décor industriel et paisible à la fois, comme s'il était en construction et que les maçons étaient partis. Un navire dans l'estuaire, remontant vers Nantes. Des oiseaux, par milliers, constellant le ciel laiteux.

« Il fit en tremblant quelques croquis mais ils lui semblèrent tous ratés. Il marcha vite et longtemps, refit une nouvelle fois le tour du port et de la zone navale, reconnaissant le paysage et le découvrant comme au premier jour, c'était ça la poésie de Saint-Nazaire, rien pour attirer l'œil, mais tant d'images que l'on n'oubliera jamais. Il évoqua tous ces marins pour qui c'était le quotidien des ports. Il pensa un moment à Spilliaert, ce peintre qu'il avait découvert, un jour, en passant par Ostende. »

Extrait de Sur le quai, de Jean-Bernard Pouy, photographies de Cyrille Derouineau.
Éditions
Terre de brume (« Granit noir »), Dinan, 2002.
Cadeau surprise de John & Sophie, qui l'ont trouvé chez Armor Lux à Crozon (29) et me l'ont apporté.
Gracias, amigos.

leon_spilliaert

(Salut à Alluria, qui a dû découvrir Spilliaert, en passant par Ostende, en même temps que Yorgos.)