orphelin perdide

« Courant toujours, l'enfant quitta la prairie mauve où la lumière du jour était peu à peu remplacée par celle de l'incendie. Il pénétra sous le couvert des grands arbres qui escaladaient les collines. Dans la pénombre forestière, des fruits lumineux pendaient ici et là comme des lampions bariolés. Le terrain s'élevait en pente douce. Un sable d'argent pur étincelait par endroits sous la mousse. L'enfant ralentit son allure. Il s'enfonça au hasard dans un décor de silencieuse kermesse, les yeux levés vers les vivantes lanternes brandies par les branches. Il reniflait ses dernières larmes. Son gros chagrin se changeait peu à peu en puérile rancune contre tout ce qui l'entourait. Il adressa la parole à un arbre. "Elles ne sont pas belles, tes lumières", dit-il avec mauvaise foi. » [Fleuve Noir, "Anticipation" n°109, dessin de couverture de René Brantonne.]

Après en avoir écrit le scénario avec Jean-Patrick Manchette et René Laloux, Moebius dessina ce qui allait devenir en 1981 Les Maîtres du temps. C'était à l'origine un roman publié en 1958 par Stefan Wul, un des dentistes-poètes qui décideraient, avec Michel Bakounine, Norman Spinrad et quelques autres, de ce que nous ferions de notre adolescence. Vous conviendrez que le générique a un peu plus de gueule que celui du Cinquième Elément.

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Les Maîtres du temps, de René Laloux [dessins de Moebius]

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