Sauf rebondissement de dernière minute (il y a bien longtemps que dans le monde spectaculaire marchand, il n'y a plus de place pour les miracles), on ne pourra plus compter - dans la famille "Les librairies indispensables" - sur la présence, l'humour, la chaleur, l'érudite disponibilité et le sens critique aiguisé de Gérard Lambert-Ullmann. Le laminage "néolibéral", associé à l'irrépressible désintérêt de nos congénères pour la lecture intelligente (sans parler de soutenir la librairie indépendante) semble avoir eu sa peau. Personne ne nous empêchera en tout cas, la prochaine fois qu'on le croisera, à Saint-Naze, Redon ou Bruxelles (?), d'évoquer avec lui la mémoire du vieux Jens August Schade et les éditions clandestines successives de Des êtres se rencontrent, et une douce musique s'élève dans leur coeur. Voici son communiqué. Salut, camarade libraire.

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Sans surprise, le tribunal de commerce a prononcé, le 26 septembre, la mise en liquidation de la librairie Voix au chapitre, à Saint-Nazaire.

Pendant 18 ans, Voix au chapitre s’est efforcée d’être une véritable librairie, c'est-à-dire non seulement un lieu où l’on vend des livres qui sont censés "marcher" d’après les prophètes du marketing, mais un lieu disposant d’un fonds de titres importants pour les divers domaines présentés (Littérature, poésie, théâtre, sciences humaines, jeunesse, arts, voyages, région etc.) ; un lieu de conseil, de suggestions, d’initiatives, de rencontres, ainsi qu’un partenaire de nombreuses structures culturelles et associatives.

Comme le notent divers commentateurs: "Quand, dans une ville de cette importance la seule librairie indépendante (à l’exception de celle qui ne fait que de la bande dessinée) est contrainte de fermer [NdT: Saint-Nazaire compte 65.000 habitants, au sein d'une communauté urbaine de plus de 200.000 personnes], il y a lieu de s’interroger sur l’avenir de la culture, c'est-à-dire sur la liberté de création et de pensée".

Mais la culture se confondant aujourd’hui avec la consommation téléguidée de produits packagés pour divertir (C'est-à-dire, aussi: "faire diversion"), il n’est guère étonnant qu’un métier visant à stimuler la curiosité, l’information, la réflexion, et l’échange entre humains, ait de moins en moins de "clients".

Le libraire remercie tous ceux et celles qui lui ont fait confiance et tous ceux et celles qui, bien au-delà d’un simple comportement de clients, ont de diverses manières soutenu la librairie. Les curieux pourront lire sur le site [ ICI ]  les nombreuses condoléances écrites que la librairie a reçues, auxquelles il faut ajouter les visites et paroles chaleureuses au moins aussi nombreuses dont, dans ses dernières semaines, la librairie a été gratifiée. Ces marques d’affection sont pour le libraire la preuve qu’il ne s’est pas, pendant 18 ans, agité pour rien. Ce sont elles qu’il emporte vers des lendemains qui, au moins, grâce à cela, chantonneront un peu.

Gérard Lambert-Ullmann

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