« On m’a ramené et enfermé dans ma chambre, jusqu’à l’arrivée du sous-lieutenant, qui était sorti. À dix heures du soir, deux caporaux m'ont emmené solennellement dans la cellule. Le vieux Kainz m’a encore apporté des cigarettes. Le lendemain, la compagnie a réintégré ses quartiers. Le capitaine était furieux, il m’a injurié, lancé couvertures et coussins de la cellule. Puis l’adjudant Cattaneo est venu, répétant la même procédure. Le conseil de guerre et Cayenne bourdonnaient dans ma tête. Je devais aussi avoir de la fièvre. Dans la cellule, j’avais trouvé le couvercle en fer-blanc d’une vieille boite de cigarettes. J’avais du temps. Toute l’après-midi, je l’ai aiguisé contre le bloc de ciment qui me servait de lit rudimentaire. Et la nuit, j’ai essayé de m’ouvrir les veines qui traversent l’articulation du coude. Beaucoup le percevront comme de la lâcheté. Bien sûr que c’était lâche. Mais la mort me paraissait encore préférable à la vie en captivité. Le matin, ils m’ont porté hors de ma cellule. J’avais perdu beaucoup de sang, mon chien en avait léché la plus grande partie, il s’appelait Türk et c’était un vieil animal. Il s’était introduit furtivement dans la cellule derrière l’adjudant et s’était caché. »

Friedrich Glauser, Dans la vallée de pierres de l’Afrique, 1931,
traduit de l’allemand (Suisse) par Lionel Felchlin. Zoe/Mini 86, 2012.

La plupart des livres de Glauser (1895-1938), notamment les enquêtes de l’inspecteur Studer, ont été édités en français par Quai Voltaire/Le Promeneur, puis Gallimard/Le Promeneur.

friedrich glauser