Certaines horreurs langagières ont le don de me tremper le nez dans la moutarde. L'emploi des vocables "papa" et "maman" hors de leur fonction vocative en est une. Je me réjouis donc, cette semaine, de voir Camille Laurens [au détour d'une chronique élogieuse consacrée à un livre de Régis Jauffret, précisément intitulé Papa] tordre joyeusement le cou à cette sale habitude. Cela allait sans dire, etc.

« Pourquoi le cacher, écrit-elle, à moins d’être publié dans la collection "Pitchounets" pour les 6-9 ans, un roman dont le titre est Papa m’inspire d’emblée beaucoup d’inquiétude. "Papa" est en effet un mot puéril qui fait résonner l’adresse directe d’un enfant à son père. En dehors de cet emploi vocatif, le mot, utilisé par un adulte, a des accents mièvres vite insupportables, quoiqu’il se soit généralisé, comme si le mot "père" ne portait pas la charge d’affection nécessaire à notre contemporaine bien-pensance. Ainsi ai-je entendu naguère avec un effroi incrédule un animateur télévisé interroger Christine Angot, auteure de L'Inceste (Stock, 1999), en commençant toutes ses questions par "votre papa". C’est encore pire du côté des mères, bien sûr, et si l’on excepte l’intouchable "Maman" de Marcel Proust, le mot, en littérature, sombre vite, aux deux extrêmes de l’arc sémantique, soit dans le pathos, soit dans l’ironie. [...] »

 

Papa_maman_la_bonne_et_moi