20 décembre 2009
Dialogue palindromique entre deux chouettes

« Too hot to hoot !
- Too hot to woo !
- Too wot ?
- Too hot to hoot !
- To woo !
- Too wot ?
- To hoot! Too hot to hoot ! »
George Marvill, New Statesman, 5 mai 1967
Pendant ce temps, Bruxelles dort sous la neige.
[dégotté sur futilitycloset.com]
15 décembre 2009
CQFD 73
Vient de sortir. En vente presque partout

05 décembre 2009
Hotties Reading 105

25 novembre 2009
Lectures pour tous : Jann Marc Rouillan
Les fêtes approchent. Offrez des livres, part 1
Bibliographie de Jann-Marc Rouillan
Paul des Épinettes et moi. Sur la maladie et la mort en prison (récits), Agone 2010
De mémoire 2. Le deuil de l'innocence : un jour de septembre 1973 à Barcelone (chroniques), Agone, 2009
Les Viscères polychromes de la peste brune (illustrations du peintre Dado), La Différence, 2009
Chroniques carcérales. 2004-2007 (chroniques), Agone, 2008
De mémoire I. Les jours du début : un automne 1970 à Toulouse (chroniques), Agone, 2007
Le Capital humain (roman), L'Arganier, 2007
La Part des loups (roman), Agone, 2005
Lettre à Jules, suivi de Voyages extraordinaires des enfants de l'Extérieur (chroniques), Agone, 2004
Le Roman du Gluck (roman), L'Esprit frappeur, 2003
Paul des Épinettes ou La myxomatose panoptique (récit), L'Insomniaque & Agnès Viénot, 2002
Je hais les matins (chroniques), Denoël, 2001
Le Prolétaire précaire (avec Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron, Régis Schleicher), Acratie 2000
Articles & entretiens
« J'assume totalement mon passé mais je n'incite pas à la violence » (entretien par Michel Henri)
Libération, 2 octobre 2008
L'entretien de Gilles Rof qui a permis à la justice « anti-terroriste » de renvoyer Jean-Marc Rouillan en prison
L'Express, 1er octobre 2008
« Jann-Marc Rouillan raconte sa semi-liberté » (entretien avec Gilles Lucas et Nicolas Arraitz)
CQFD, 15 janvier 2008
« Questions à Jann-Marc Rouillan, écrivain semi-libéré » (entretien avec Paco)
Le Mague, 2 février 2008
« Après-68 à Toulouse: les années de braises de Jean-Marc Rouillan » (entretien par Jean-Manuel Escarnot)
Libération, 19 février 2008
« On dit bien que la justice est aveugle » (avec Thierry Discepolo)
Les mots sont importants, avril 2007
« Chroniques carcérales », parution mensuelle dans CQFD, 2004-2007
« Ces prisonniers qui ne cessent de payer »
Le Monde diplomatique, juin 2005
« Écrire, c'est ne pas renoncer à nos rêves de bouleversement révolutionnaire » (entretien avec Thierry Discepolo)
Le Monde libertaire, 4 mai 2005
27 octobre 2009
Les livres trop chers : une idée reçue (Orwell)
Trop chers, les livres ? Foutaises !
La lecture coûte moins cher que le tabac, l'alcool, le cinéma
(et, oubli de notre auteur, la bagnole individuelle).
George Orwell à l'appui, une démonstration éblouissante
par le patron des éditions Agone.
« À la fin de la Seconde Guerre mondiale, George Orwell se trouvait dans un piquet de surveillance contre les incendies en compagnie d’ouvriers et d’un ami, rédacteur en chef d’un journal. Ils en vinrent à parler de la presse qu’ils lisaient et appréciaient.
« Quand nos deux intellectuels demandèrent aux ouvriers ce qu’ils pensaient des pages littéraires, ils répondirent: "Vous ne croyez tout de même pas que nous lisons ce genre de trucs?" Est-ce parce que – comme pourrait le penser un lecteur habitué aux commentaires que fit Orwell sur les équivalents contemporains du Monde des livres et consorts – ces pages étaient déjà, alors, d’une indigence à faire rougir? Pas du tout. Les ouvriers poursuivent: "Allons, voyons! la plupart du temps, vous parlez de livres qui coûtent…" – traduisons tout de suite: entre 15 et 20 euros! "Des types comme nous ne peuvent pas dépenser [cette somme] pour un livre."
« George Orwell se propose alors d’examiner "cette idée si répandue, selon laquelle l’achat de livres, ou même leur lecture, est un passe-temps dispendieux, hors de portée de l’individu moyen»*. Ainsi apparaît toute l’actualité de cette analyse pour répondre à l’une des questions auxquelles les éditeurs qui croisent leurs lecteurs doivent souvent répondre.
« Aux fins de son "examen en détails", l’écrivain compte les livres de sa bibliothèque et ceux qu’il a empruntés, il pondère avec ceux qu’on lui a donnés ou empruntés sans gage de retour, qu’il a reçus en service de presse, etc. Il arrive à évaluer sa lecture, sur une période de quinze ans, "à peu près à neuf shillings neuf pence par semaine, soit l’équivalent de quatre-vingt-trois cigarettes (Players)". La comparaison fonctionne encore assez bien de nos jours: en valeur, un fumeur (moyen) de la trempe d’Orwell brûle en cigarettes un bon gros livre par semaine, soit une cinquantaine de titres par an, autant dire qu’avec cette comptabilité un fumeur modeste vaut un gros lecteur.
« L’écrivain britannique établit ensuite des comparaisons avec la consommation nationale d’alcool, évidemment supérieure, en termes de budget des familles, à celle de livres. S’interrogeant sur la relation entre "le prix des livres et la valeur de qu’ils nous apportent", l’écrivain montre la difficulté d’établir un rapport en termes de "coût du temps de lecture", par exemple entre des romans, de la poésie, des traités savants ou des dictionnaires, "que l’on consulte de temps à autre sur une période de vingt ans; il y a aussi les livres qu’on lit et relit indéfiniment, [ceux] dans lesquels on se plonge mais qu’on n’achève jamais, [ceux] qu’on lit d’une traite et qu’on oublie une semaine après: tous ces livres peuvent pourtant être d’égale valeur en termes d’argent".
« Pour établir tout de même des comparaisons, Orwell se fixe sur "la lecture comme simple divertissement", qu’il met sur le même plan que le cinéma. En valeur d’aujourd’hui, son calcul donne: en comptant quinze euros par livre et cinq heures pour le lire, soit trois euros de l’heure, on n’arrive même pas à une place de cinéma pour un spectacle qui va durer au maximum une paire d’heures. C’est en revanche l’équivalent, pourriez-vous dire, de la location d’un film en DVD: mais vous n’avez pas calculé l’amortissement du coût du matériel et il faudrait, pour que la comparaison vaille, comparer l’emprunt d’un livre en bibliothèque, ce qui ne coûte presque rien.
« En conclusion, on peut déclarer avec Orwell que "la lecture est l’une des distractions les moins coûteuses – sans doute la moins coûteuse de toutes après la radio". Et pourtant, après une évaluation (très approximative) du budget consacré par le public britannique d’alors à la lecture, notre apprenti sociologue arrive à des sommes dérisoires: l’Anglais ne dépense pas grand-chose en livres.
« Comme ceux de George Orwell à l’époque, mes chiffres "ne reposent que sur des estimations". Il va sans dire qu’il serait facile de les vérifier de nos jours, où les comptabilités nationales fourmillent de ce genre de données. Mais la différence serait-elle significative pour notre démonstration? Je ne crois pas. Comme disait cet Anglais à propos de son pays, "cette évaluation n’est pas à l’honneur [du nôtre], dont la totalité de la population est alphabétisée, et où l’homme de la rue dépense plus d’argent pour ses cigarettes qu’un paysan indien n’en dépense pour l’ensemble de ses besoins. Et si notre consommation de livres reste aussi faible que par le passé, ayons au moins l’honnêteté d’admettre qu’il en est ainsi parce que la lecture est un passe-temps moins passionnant que"… on dirait, de nos jours, le cinéma, la télévision, les spectacles sportifs et les sorties au bar ou en boîte de nuit. "Et non parce que les livres, achetés ou empruntés, coûtent trop cher."
« Si on réfute facilement la fausse croyance sur la cherté des livres, c’est une question d’une autre trempe que celle de leur moindre séduction supposée comme passe-temps. »
Thierry Discepolo, éditions Agone
* Dans un texte est paru sous le titre « Livres contre cigarettes », le 8 février 1946, dans les colonnes de Tribune, édité en français in George Orwell, Essais, articles, lettres, Ivréa-Encyclopédie des nuisances, volume IV, 1995, p. 116-121.
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A propos de l'actualité de George Orwell dans l'édition française, on lira avec profit la chronique de Noël Godin dans Siné Hebdo n°61.
26 août 2009
Le programme de l'Athélès
Chez Athélès, nous informe UtopLib (« Bâtissons notre société idéale, ici et maintenant »), on trouve des livres, des revues, des dévédés et même des e-books qui ne s'empilent pas forcément chez vos libraires, dont les décideurs culturels, les pauvres, ignoreront toujours l'existence, et dont le titre seul fait frémir les secrétaires de ré(d)action des journaux contrôlés par la police. Athélès est un collectif de diffusion chez qui il est bon, à l'approche de l'automne, d'aller baguenauder le dimanche. A chacun sa rentrée littéraire.
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Les éditions diffusées : Aden (politique, histoire, littérature) • Agone (critique politique, histoire sociale, philosophie, littérature engagée, résistance culturelle) • Centre d'histoire du travail (histoire sociale) • Éditions du Croquant (critique politique, critique et innovation sociales) • La Fabrique (histoire, philosophie, critique sociale et politique, Proche et Moyen-Orient) • L'Ami (économie sociale et solidaire) • No Pasaran (revue) • Offensive (revue trimestrielle d’offensive libertaire et sociale) • Parangon (critique politique, philosophie, critique sociale, littérature étrangère, histoire) • Spartacus (histoire sociale, histoire et théorie critique des mouvements révolutionnaires) • Sulliver (sciences humaines, critiques sociale et politique, littératures actuelles)

Ainsi que : CP Productions (les films de Pierre Carles and Co) • La Librairie des territoires (aménagement du territoire, développement local) • La Mauvaise graine (littérature engagée) • 360° et même plus (collectif de cinéastes, monteurs/monteuses, photographes, graphistes et programmateurs/programmatrices) • 68 septante (arts visuels et sonores, documentaires) • Cent pages (littératures) • Cris Écrits (biographies, témoignages) • Grand ensemble (atelier de cinéma populaire) • Héros-Limite (poésie, essais, littérature, livres d’artistes, documents sonores) • La Dogana (poèmes, proses, traductions, beaux-arts) • La Famille digitale (documentaires) • La Nerthe (littérature, poésie) • L'Arachnéen • Le Mot et le reste (musiques, livres d’artistes, littérature et poésie contemporaines, histoire sociale et politique, écologie) • Les Bons Caractères (littérature, histoire) • Rue des cascades • Tahin party.

07 août 2009
Hotties reading 76

Dans une prison pour femmes, Washington, années 1920
14 juillet 2009
Lectures pour tous : Humour
Humour
À partir du français « humeur », les Anglais ont inventé humour. D'un « râleur », ils ont fait un homme d'esprit. La création du mot est conforme au mouvement de la chose même, l'humour est ce pas de côté libérateur qui permet de transformer une circonstance pénible en une prime de plaisir, un accablement en un instant de triomphe. Pénétrant un lundi à l'aube dans la cour de prison où est dressé l'échafaud qui l'attend, le condamné à mort a cette pensée: « La semaine commence mal ! » La victoire peut etre brève, l'humour n'en offre pas moins un temps d'invulnérabilité. Par la mise en œuvre d'un minimum de moyens - un mot déplacé, deux significations condensées... -, il constitue un traitement psychique remarquable d'une situation traumatique. L'ironie blesse, l'humour soigne. Tout se passe comme si le surmoi, d'ordinaire si rabat-joie, devenait pour une fois de bon conseil: «Ce que tu ne peux changer, le mieux est d'en sourire.» Le sens de l'humour est un sixième sens précieux, qui dispense de recourir à des défenses plus couteuses; chaque psychanalyse où il fait défaut permet négativement de le vérifier.
Quant à l'humour de l'inconscient, c'est un humour noir, ses mauvaises plaisanteries se terminent toujours en entraves et en symptômes divers. Sauf quand le refoulement enfin se lève, que le visage s'éclaire au lieu de s'assombrir. Mathieu raconte: il n'était encore qu'un jeune homme quand il était entré dans une librairie pour y acheter Playboy. Sa honte trouvait un renfort dans le masque sévère de la matrone à la caisse et son noir chignon, qu'elle portait comme l'évêque sa mitre. Il ne pouvait sortir sans payer. Après avoir tourné et retourné entre les rayons, il remit les femmes nues à leur place et se présenta devant le cerbère avec Le Canard enchaîné !
Jacques André, Les 100 mots de la psychanalyse, Puf, «Que sais-je?», 2009
[merci à Philippe]

Woody Allen, Bananas, 1971
07 juillet 2009
Luc Moullet sur Paul Vecchiali
J'ai déjà eu l'occasion de trompéter ici que Bref (clic) était une des plus riches revues de cinéma ayant survécu aux bouleversements de la presse et à la paresse des lecteurs. Je n'en démords pas. Ce n'est pas le rédacteur en chef, le pays Jacques Kermabon, qui me contredira. Dans le numéro d'été 2009, Luc Moullet se fend d'un hommage inattendu à Paul Vecchiali (dont on ne parlera jamais assez), en s'appuyant sur Maladie, le court métrage que Vecchiali consacra à son propre père, il y a trente ans. Inattendu mais revigorant car Moullet nous embarque comme toujours vers le centre de gravité du triangle de l'humour, de l'érudition, de la radicalité et de l'intelligence. Tiens, un triangle à quatre sommets. Du pur Moullet. (Pour avoir dîné avec lui la semaine dernière, aux frais du cinéma bruxellois l'Arenberg, je peux témoigner aussi qu'il ne crache pas sur le tiramisu.) Quand j'aurai précisé que Bref, qui fête ses vingt ans d'existence, lance une campagne d'abonnement à des tarifs frôlant l'asymptote et que Yellow Now, de Crisnée, vient de publier un petit livre de Moullet sur The Fountainhead, on pourra lui laisser la parole. Le film de Paul se trouve après le texte, là, tout en bas.

Le père, le fils et le cinéma
Il y a chez Paul Vecchiali un côté vieille France. Ce polytechnicien a toujours géré ses maisons de production (Les Films de Gion, Unité trois, Diagonale) en bon père de famille, avec amour, rigueur et minutie, comme Truffaut, Rohmer, Tavernier, Varda ou moi, à l’opposé du plus grand nombre, qui ne craint pas les paris aventureux ou les risques de faillite. Ce traditionalisme à tous crins est quelque peu contredit par un regard humain et généreux sur le monde des homosexuels.
Le côté réactionnaire, droitier, voire pot-au-feu se traduit notamment par une grande attention envers la famille, les parents. Sur ce plan, je ne vois que Tavernier qui puisse lui être comparé (Daddy nostalgie, L’horloger de Saint-Paul), avec cette différence importante que Tavernier se situe dans un horizon politique tout à fait opposé.
Vecchiali est, je crois, le seul cinéaste au monde qui ait consacré un film à sa mère (En haut des marches) et un autre à son père (Maladie). Les deux sont d’ailleurs judicieusement couplés sur le même disque du beau coffret consacré à Vecchiali par Antiprod. Un traitement inégal en apparence, puisque le premier est un long métrage de fiction et le second un court métrage documentaire, mais ce dernier a l’avantage d’une plus grande rigueur, d’un pouvoir émotionnel et artistique plus affirmé.
Voici une orientation artistique insolite par rapport au contexte culturel national (le “Famille, je vous hais” de Gide) et par rapport à notre cinéma, qui a plutôt tendance à montrer la fracture entre les générations (Truffaut, Chabrol, Becker, Pialat) ou à omettre la génération d’avant (Rohmer, Godard, Rivette, Resnais).
Paul Vecchiali, dix-huit ans après le décès de son père Charles, a retrouvé son journal, qui relate l’évolution de sa maladie depuis 1952 jusqu’à sa disparition en 1959.
Il a donc filmé ce journal tenu sur un carnet. Les indications qu’il contient sont succinctes, précises. Elles ont une rigueur quasi militaire(1). Le défunt était d’ailleurs capitaine. Et l’émotion surgit de ce contraste entre la sécheresse du texte filmé, accentué par le ton neutre du récitant, et tout ce qu’il contient de dramatique. On a vraiment l’impression d’un mal inexpugnable (nous sommes prévenus dès le début de l’issue fatale) qui progresse sans trêve malgré de courtes accalmies. Tout commence par des crises d’asthme, qui semblent avoir entraîné des affections bien plus graves, puisque le capitaine Vecchiali allait mourir d’un cancer. À moins qu’il y ait eu concomitance fortuite.
Le texte est lu, avec quelques retouches, par Paul Vecchiali, d’une façon assez bressonienne. On pense d’ailleurs au redoublement écrit/voix du Journal d’un curé de campagne. Le spectateur lit plus vite l’écrit que le récitant. Ce qui fait que, souvent, pour garder le dyssynchronisme, Vecchiali commence à lire la quatrième ou la cinquième ligne du texte. Le spectateur doit alors faire un effort pour essayer de retrouver sur le cahier le texte qu’il vient d’entendre. Ce qui augmente sa participation au film.
Vers la fin, l’écriture, fort lisible jusque-là, devient brisée, maladroite. Aiguillés par quelques effets de métamorphose faciale dus à la maladie, que révèle un montage cut saisissant, nous prenons conscience de ce que Charles approche de sa fin, ce dont il se rend bien compte lui-même. Paul Vecchiali ajoute que son père relate son dialogue avec Dieu (il prétend l’avoir entendu), qu’il identifiait la vie à un passage, et que l’éternité constituait la vraie vie.
On retrouve ici l’itinérance des fins de vie. Charles Vecchiali erre de Toulon à La Roquebrussanne, au Luc et à Montpellier: les personnes très malades sont sans cesse à la vaine recherche – souvent contradictoire – d’un lieu, ou d’un hôpital où elles pourraient se trouver mieux…
Le mimétisme entre Charles et Paul demeure saisissant. La moustache commune y est pour beaucoup. Les photos de la famille sont en noir et blanc, tout comme une image de Paul, une photo semble-t-il. Mais soudain, elle s’anime(2). Il a voulu un moment se situer sur le même plan que son père. On croit un instant voir les doigts de Charles, mais ce sont ceux de Paul. Et en plus, Paul parle à la première personne en lieu et place du père, comme s’il voulait prolonger son existence.
Cela surprend dans l’œuvre de Vecchiali, où les protagonistes sont plutôt féminins, maternels (rien que des femmes dans Femmes femmes, Danielle Darrieux dans En haut des marches(3)).
Nous trouvons donc, pour l’essentiel, des plans en couleurs de Paul Vecchiali qui parle, des plans sur des photos de famille en noir et blanc et des plans sur le carnet, avec parfois, comme en surimpression, certaines photos. Mais il ne s’agit probablement pas de surimpressions: cela eut coûté trop cher par rapport à l’économie du film. Ce sont des jeux de miroirs qui renvoient l’image de la photo, quelque peu évanescente, sur les pages du carnet.
Maladie est en fait un no budget film. Vecchiali prétend l’avoir tourné en deux heures. Ce qui me vexe: j’ai passé plus de temps à rédiger ce texte. Nous avons ici la preuve qu’on peut réussir des chefs-d’œuvre touchants, émouvants comme Maladie, avec rien. C’est Maladie qui m’a incité à tourner à nouveau des courts métrages chaque fois que j’en avais envie. En 1978, les réalisateurs de longs métrages se sentaient dévalués s’ils revenaient au court métrage.
Voici, je crois bien, la première fois qu’un cinéaste consacre tout ou partie de son film à sa maladie (Charles étant ici l’alter ego de Paul). Depuis, il y a eu Nick’s Movie (Nicholas Ray, Wim Wenders, 1979), Journal intime (Moretti, 1983), Les derniers mots (Van der Keuken, 1998), Le fil de ma vie (Lionel Legros, 2002), L’insaisissable image (Hanoun, 2007). L’origine de cette complainte de la maladie se trouvait peut-être en fait dans Violence et passion (Visconti, 1975) et à travers l’œuvre de Dwoskin. Le cinéaste cherche à ne pas mourir pour pouvoir finir son film.
On m’opposera que tout était déjà dans le journal de Charles Vecchiali. Paul n’a pas eu grand-chose à faire. Peut-être. Mais c’est le résultat qui compte, peu importe d’où il provient. Il fallait beaucoup de tact, de sensibilité, pour traduire ce journal en film sans le trahir.
Et Maladie recoupe tout un cinéma moderne, fait sur l’écrit et la parole, qui est celui de Bresson et de Straub.
Luc Moullet
1. Dans ce contexte objectif, les très rares adjectifs qui mentionnent la douleur prennent une importance considérable.
2. Vecchiali, de façon discutable, nous trompe un instant : nous croyons avoir affaire à une photo du docteur, alors qu’il s’agit de Charles.
3. Lequel est vraiment le film jumeau : il débute précisément par des photos de famille.
(Merci à Sylvie Delpech pour sa gentillesse et son aide technique)
04 juillet 2009
« L'insurrection qui vient » en Amérique: panique chez les néocons
A quelques semaines de la publication en anglais de L'Insurrection qui vient (du Comité invisible, édité en France par La Fabrique, toujours disponible en librairie, et gratuitement sur le site de l'éditeur), Glenn Beck, un chroniqueur vedette du réseau télévisuel ultraconservateur Fox News appelle à lire ce livre dangereux afin de « connaître l'ennemi ». Version sous-titrée. Déposé sur Dailymotion par Libé/Labo de Libération.
On se frotte les yeux.
[ Merci à Shige clic clic clic]
Ici, un article "Glenn Beck et sa haine des Français" , déposé sur Agoravox il y a deux ans et demi.

