le vieux monde qui n'en finit pas

« Nous ne nous résignerons pas au désastre qui couve. » La vie moderne et le temps qu'il fait. Note bleue, film, imprimé. L'ennui et l'agonie du vieux monde. Charles Tatum écoute et mate.

18 novembre 2009

Irving Penn

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Woody Allen en Chaplin (1972)

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« En général je trouve décevantes les photos qui représentent les gens dans leur milieu naturel. Du moins, je sais qu'attendre des résultats convaincants dans ce genre d'images dépasse mes forces... aussi j'ai préféré une tâche plus limitée: m'occuper seulement de la personne, loin des incidents de sa vie quotidienne, portant simplement ses vêtements et ornements, isolée dans mon studio. C'est du sujet seul que je distille l'image que je veux, et la froide lumière du jour se dépose sur la pellicule. » [Irving Penn, dans son livre Worlds in a Small Room]

L'illustre photographe de mode est mort le mois dernier à New York, à l'âge de 92 ans. (Il était le frère aîné du cinéaste Arthur Penn.)

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17 novembre 2009

André Benchetrit

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Eh bien justement, André Benchetrit est mort. Il avait 54 ans. Il a écrit quelques romans, trop rares, parus chez POL, Actes-Sud, Néant, Léo Scheer... Il laisse deux ou trois pièces de théâtre et une douzaine de livres illustrés, contes ou "documentaires", pour les mômes (la plupart chez Belin Jeunesse). Le Bord de la terre, son petit dernier, est sorti il y a un mois et demi chez L'une et l'autre. La Femelle du requin (clic), belle revue littéraire trop méconnue, lui avait consacré un dossier, tout à côté de Jean Echenoz. Il avait un blog, ICI . C'était un type marrant, sa prose pouvait être tendre, extravagante, parfois d'une cruauté noire, étrangement radicale. C'est bizarre, j'aurais bien aimé qu'il écrive pour le cinéma.

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« Une goule, un bouc, un vampire, un bébé hydrocéphale, une femme squelettique sans bouche, des arbres morts agités de spasmes, un paralytique, des vieilles fées font un bruit épouvantable. Nous les avons vus longer les passerelles, rejoindre la croisée des écoulements. Au milieu de l’île ils gueulent et ils rient, ils donnent des coups de marteau, des montagnes de coups qui roulent, dévalent. Il me dit Papa, c’est un mouvement terrible du bruit, il n’y a pas d’issue, je m’empare du hachoir et j’y vais ! Nous entendons le cri d’une petite fille - un cri déchirant, perçant - comme si quelqu’un s’était emparé d’elle pour la dépecer vive. » [ Le Bord de la terre, 4e de couv. ]

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« Des gouttes, des perles, sertissent les blousons. Dans la nuit tombée nous allons direction la machine. Le ventre est vide. Tout autour c'est immense. De grandes masses confondues. Venues de l'hypertexte, des barques encombrent les canaux. Quand ça cogne, les transporteurs s'en foutent. Ils s'insultent à peine. Ils transportent n'importe quoi. Je suis dans les pensées, lui aussi. Il est sérieux. Il va naître une deuxième fois, il n'aime pas ça. Je ne peux pas faire de projections. Elles se perdent dans le brouillard et augmentent la masse terriblement de ce que nous traversons. Il est difficile d'avancer. Le vent donne des gifles. Les blousons ne valent rien. Et puis c'est lourd, là, dans les mains. Même une anse chacun avec le froid c'est lourd.

« Qu'est-ce que c'est que cette eau ? C'est dégueulasse, cette eau. Papa, je ne veux pas aller par là. C'est très sale. J'ai envie de vomir. Pourquoi tu ne le fais pas tout seul ? Tu as vu les cafards ? Ils longent le bord de la flaque qui longe la machine. Papa, je ne supporte pas d'être ici. Pourquoi tu lui parles, à cette femme ? » [ Idem, extrait ]

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11 novembre 2009

Jacno, fin

Le meilleur topo sur Jacno, Elli, Stinky Toys et leur galaxie se trouve sur le blog de Shige. Ce texte formidable, chaleureux et glacé, triste et excitant, érudit et sentimental tout à la fois (comment fait-il, ce Shige ?), Génie de Jacno, est dédié aux amis de Facebook, mais ne leur est pas réservé. J'en connais qui ont passé l'âge de perdre leur temps sur les "sites de partage social" (c'est ce qu'on dit ?) et qui devraient y découvrir des trucs essentiels. Et puis Shige est le seul à ne pas omettre, lorsqu'il cite, bien obligé, Les Nuits de la pleine lune, de qualifier son réalisateur de vieux con. Je lui en suis reconnaissant.

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Pascale Ogier

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07 novembre 2009

Jacno et Elli sont dans un bateau...

Les débuts : Anne cherchait l'amour

La fin : Le sport c'est de la merde

[ Merci Bern ]

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19 octobre 2009

Exit Rosanna Schiaffino

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Rosanna Schiaffino, 1938-2009.
La Sfida (Le Défi, Francesco Rosi, 1957), premier grand rôle.
Dessous: avec Toto, son mentor.

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Extrait de La notte brava (Mauro Bolognini, 1959), scénario de Pasolini d'après son roman.
Avec Jean-Claude Brialy.

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17 octobre 2009

Raymond Federman et « Les Carcasses »

« [...] les Carcasses – les voilà – toutes entassées les unes sur les autres comme de vieilles peaux vides – tu es maintenant sur le tas – carcasse parmi les carcasses – toutes entassées les unes sur les autres comme de vieux chiffons sales à attendre leur tour d’être transmutées – les vieilles qui poireautent depuis bien longtemps – les nouvelles qui viennent d’arriver curieuses et anxieuses de savoir quand elles seront transmutées – car la transmutation ne se fait pas immédiatement – les carcasses ne se sont pas réincarnées dès qu’elles arrivent dans la zone des carcasses – il y a une période d’attente – une période d’incubation – si l’on peut dire – donc tu es là toi aussi à attendre ton heure – pas de tours de magie comme on l’a déjà dit – il faut espérer que les autorités se décident – oui appelons-les comme ça –  [...] eh toi là-bas viens ici – oui toi le nouveau – et on te dit que tu vas être renvoyé – mais pas forcément sur la planète d’où tu viens – les carcasses arrivent de tous les coins de l’univers – l’endroit où les carcasses sont empilées est une zone à part dans le grand vide de l’univers – [...] et donc ton tour est arrivé – te voici de retour sur la planète Terre en insecte – oui en mouche – imagine-toi maintenant vivre la vie d’une mouche – d’accord c’est une vie courte que celle d’une mouche – éphémère comme on dit – mais c’est quand même une vie – quel est ton principal but dans cette vie de mouche – ta raison d’être – d’abord becqueter la merde des autres espèces – bourdonner aussi – oui bourdonner autour des yeux des vaches qui n’arrêtent pas de te flanquer de bonnes claques avec leur queues – ou bourdonner autour des humains – à chercher la merde sur les vitres des fenêtres ou sur les écrans des télévisions – mais un jour tu atterris sur le bras ou le crâne d’un bonhomme – et paf – il t’aplatit avec sa main    il t’écrase – t’extermine – et tu redeviens carcasse – quelle espèce de vie était-ce là – te revoilà dans la zone des carcasses – ah t’es déjà revenue te disent celles qui sont encore là à se morfondre – le temps passe – non le temps ne passe pas parce que dans la zone des carcasses le temps ne bouge pas – y a pas de temps – y a rien – voilà pourtant que c’est déjà ton tour – c’est passé vite finalement – aucune raison n’est donnée – on ne questionne pas les autorités – ce coup-ci on te renvoie en fleur – une jolie rose rouge dans le jardinet d’un de ces nouveaux riches banlieusards qui habitent la côte californienne – tu es fière parce que tu sais que tu es belle et que tu sens bon – et les dames qui viennent rendre visite à madame la bourgeoise pour jouer au bridge te regardent en disant – oh quelle jolie rose – mais un jour la maîtresse de maison demande à la domestique d’aller cueillir une fleur dans le jardin et de  la mettre dans un vase pour décorer la salle à manger – la domestique arrive donc avec une paire de ciseaux et te coupe la tige – puis te met dans un vase en cristal avec de l’eau – très vite l’eau se met à sentir mauvais – ça devient insupportable – tu baignes dans un jus saumâtre – commences à te flétrir – la maîtresse de maison demande à la domestique de jeter cette fleur fanée et de la remplacer par une autre – alors la domestique vide l’eau trouble et puante du vase dans l’évier puis te jette aux ordures – et te voici de retour parmi les carcasses – quelle espèce de vie était-ce là – te revoilà sur le tas de carcasses et tu attends – tu attends longtemps cette fois – peut-être deux siècles – même plus – mais puisque le temps n’existe pas dans la zone des carcasses tu ne te rends pas compte pendant combien de temps tu attends – mais tu t’emmerdes ferme – tu voudrais bien être transmutée encore une fois – tu es jalouse des carcasses qu’on renvoie – tu t’en fous de ce que tu pourrais devenir pourvu qu’on te transmute – finalement les autorités t’appellent et te disent que tu es demandée parmi les lions d’Afrique – il y a une pénurie de lions mâles sur la planète Terre – la plupart des lions sont devenus stériles – te voila donc en Afrique – au Kenya parmi trois lionnes bien sexy et une bande de jeunes lionceaux – toutes les quinze  minutes – cela a été scrupuleusement relevé lors d’observations scientifiques – l’une des lionnes vient te chatouiller pour une partie de plaisir – tu te lèves de ton coin de rêve à l’ombre d’un grand arbre exotique – tu grimpes la lionne tires un coup puis retournes te coucher à l’ombre pour rêver à une autre vie – c’est une existence agréable – riche en nourriture – les trois lionnes y veillent – beaucoup de viande de gazelle de zèbre – et puis c’est marrant de jouer avec les petits – tu t’amuses bien – tu vis tranquillement ta vie de roi de la jungle oisif – mais un jour des humains viennent dans la savane – des Noirs et des Blancs – les Blancs portent de drôles de chapeaux clairs en paille tressée et brandissent des fusils – les Noirs eux semblent s’en foutre – ils regardent les Blancs s’acharner contre toi – mais ces humains ne sont pas là pour faire de toi une carcasse – ils veulent simplement te capturer – alors ils t’attrapent dans un grand filet – te mettent dans un cargo – et te voilà en route vers ce qu’ils appellent la société civilisée – [...] »

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Né à Montrouge en 1928, Raymond Federman est mort la semaine dernière à San Diego (Californie). Les Carcasses, dont Léo Scheer a publié il y a trois mois l'édition définitive, était son dernier livre. Ne pleurons pas. Il est sans doute en train de se taper de la gazelle du zèbre de la lionne à l'ombre d'un grand arbre exotique. Il ne risque rien, les chasseurs blancs n'ont jamais été fichus de le mettre en cage.

Sur son blog, on trouve de quoi réfléchir, et la lettre que Simone Federman a écrite le jour de sa mort (« My father died this morning. Last night I read all of The Voice in the Closet to him in one breath, 75 pages: one sentence. I stopped on page 61 to cry, and then we both cried at the end. ...») ICI , aussi, un curieux texte de François Bon.

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Merci Sami.

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14 octobre 2009

Stuart Kaminsky est mort

Stuart M. Kaminsky était peut-être le plus cinéphile des auteurs de romans policiers américains. Les enquêtes de Toby Peters, son privé le plus célèbre, se déroulaient à Hollywood et impliquaient invariablement de véritables stars de l'âge d'or. On lui doit la création de deux autres poulagas, le Moscovite Porfyre Rostnikov (collectionneur des romans d'Ed McBain) et l'Américain Abe Lieberman (dont les aventures sont à l'origine d'une série télévisée, «When Dark Man Calls»). Kaminsky était également scénariste (Once Upon A Time in America, de Sergio Leone) et critique de cinéma (biographies de Don Siegel, Clint Eastwood, John Huston, Gary Cooper, etc.) Il est mort vendredi à Saint-Louis (Missouri), d'une hépatite C, à l'âge de 75 ans.

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10 octobre 2009

Jacques Chessex, le sang noir

Un mot de Nicolaï Lo Russo (via les éditions Léo Scheer) :

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Jacques Chessex

J'ai la tristesse d'annoncer la mort hier soir du grand écrivain Jacques Chessex (né en 1934). Il s'est brutalement effondré lors d'un colloque à Yverdon (Vaud) organisé à l'occasion de la pièce tirée de son livre La Confession du pasteur Burg (1967).

Un spectateur l'a pris à partie sur l'affaire Polanski – artiste qu'il défendait – et son sang a tourné noir.

Jacques Chessex, prix Goncourt 1973 pour l'extraordinaire L'Ogre, est un (des rares) auteurs contemporains que j'admirais. Longtemps professeur de lettres à Lausanne, très aimé, très craint aussi – ses courroux sont légendaires –, il est à l'origine de mon envie de m'essayer sur les chemins clairs-obscurs de l'écriture.

C'est bel et bien l'automne.

« Laissez-moi aller à rien. Laissez-moi aux cimetières introuvables. La mort n’est pas difficile à celui qui rejoint le premier site. La mort est douce à celui qui se couche aux étages clairs, parmi les labyrinthes d’ailes et les chants. » Jacques Chessex, Où vont mourir les oiseaux (1980)

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Jacques Chessex était aussi peintre.
dessus : Scène à Cnossos chez le minotaure galant (1999),
dessous : Chat très gentil et sa belle maîtresse un lundi de Pentecôte (2000).

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08 octobre 2009

Mort d'Irving Penn

Irving Penn (1917-2009)

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Francis Bacon (1962) et Duduche (1948), série « Close Encounters »

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© Bern pour l'info.

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15 septembre 2009

Alexandrian (1927-2009)

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Sarane Alexandrian (Bagdad 1927-Ivry sur Seine 2009)

Pour la bio et le reste, voir la grande presse et wikipedia.
Pour creuser un peu, voir
ICI ou ICI et suivre les flèches.

Mais le mieux est d'en parler à votre libraire.

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