27 novembre 2009
Siné gagne en appel contre la Licra
Lu chez Lindingre
Siné-LICRA : 2-0 pour Siné
Siné vient de gagner en appel contre la Licra.
Le président UMP de la LICRA, Patrick Gaubert, lèche-botte patenté de Sarkozy s’acharnait à prétendre que Siné est anti-sémite. Pourquoi? Parce que Siné avait déclaré qu’un type (Jean Sarkozy) capable de se convertir (il relatait une fausse info énoncée par Patrick Gaubert himself !!!) pour épouser une milliardaire est un arriviste. Logique, non? ”Il ira loin ce petit” avait-il écrit.Val avait trainé Siné dans la boue, la taxant d’antisémitisme. Un certain nombre de serpillères lui avaient emboîté le pas, dont Patrick Gaubert qui pensant faire plaisir à Monsieur le Président, s’est senti obligé de porter plainte contre Siné et de s’acharner dans la procédure. C’est à ça qu’on reconnaît les minables. Ils se compromettent pour faire plaisir au chef. Mais le chef, lui, il s’en fout complètement. Du côté des Sarkozy, personne n’a jamais évoqué cette affaire, c’est un comble! L’eau est passée sous les ponts. Jean Sarkozy est effectivement allé loin. Je ne parle pas de ses études, bien entendu. Philippe Val est allé loin, lui aussi. Siné a été blanchi en première instance et en enfin, en appel. Entre-temps, il a créé un canard qui est en train d’enterrer Charlie Hebdo. Philippe Val et son équipe se sont ridiculisés, compromis. Les amis de Val, les BHL, Finkelkraut, Adler, Fourest, Askolovitch… qui ont craché sur Siné continueront certainement à le faire. Siné lui, n’est pas trop procédurier, et ils le savent. Ces immondices ont compris une chose: quand tu traite quelqu’un d’antisémite, ça lui colle à la peau comme du napalm. Le temps que ta victime se dépatouille avec cela, que la procédure suive son cours (un an tout de même!), tu t’en est débarrassé. Quand on te taxe publiquement d’antisémitisme, tu es rejeté comme un pestiféré, on dit de toi que “tu n’es pas clair”. Val a jeté l’opprobre sur une bonne dizaine de personnes. Siné était celui de trop. Puis Val a pris le boomrang dans la gueule. Pas grave, ça n’a pas nuit à sa carrière. Virer un collaborateur parce qu’il critique le fils du mec qui est en train de te pistonner pour devenir directeur des programmes de France Inter… C’est pas joli joli. Le pire dans cette histoire, c’est d’instrumentaliser la LICRA à des fins politiques. Premièrement ça ne sert à rien, la preuve. Deuxièmement, sur le terrain de l’antisémitisme, ça produit l’effet exactement inverse. [Yan Lindingre]
14 septembre 2009
Bernard Joubert et les goujats(*)
Etonné de ne pas lire dans Siné Hebdo, dont il est jusqu'alors un chroniqueur régulier (pléonasme), les deux derniers papiers qu'il a envoyés au canard, Bernard Joubert écrit à Siné afin de savoir ce qui se goupille. Rien que du très banal, si Siné n'était pas Siné (le flingueur d'hypocrisies qu'on a, ici et ailleurs, si vaillamment défendu), et si Joubert n'était pas l'historien de la censure que l'on sait. Voici sa lettre, qui devient donc une lettre ouverte. Les deux textes incriminés sont visibles un peu plus bas (billet suivant).
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Le 13 juillet 2009
Cher Siné,
Désolé de te déranger pendant tes vacances. Je sais aussi que ce n'est pas toi qui gères le rédactionnel, c'est Catherine. Mais je me permets de te passer ce mot parce que le problème auquel je suis confronté n'est pas une broutille.
Tu trouveras ci-joint mes deux dernières chroniques "Chez les censeurs" que j'ai livrées début juin et début juillet. (Je ne livre plus qu'une fois par mois puisqu'il n'y avait jamais place quand je livrais tous les quinze jours.) Tu ne les liras pas dans le journal. Inutile de me demander pour quelles raisons, je l'ignore. Pour la première, Théo m'a transmis l'avis de Catherine comme quoi cette interdiction de revue ne méritait pas un article. Ca m'a semblé une explication n'expliquant rien. L'interdiction d'une revue est au contraire le sujet parfait pour une rubrique sur la censure.
Pour la seconde, je n'ai même pas eu droit à un semblant d'explication. Comme je venais aux nouvelles, ne voyant rien paraître, Olivier m'a conseillé, pour en savoir plus, de téléphoner à Catherine le mois prochain...
Normalement, la réaction normale serait que, de guerre lasse, je fasse mon deuil de Siné Hebdo. Que dans quelque temps tu demandes peut-être: et Joubert, pourquoi on ne le lit plus? Et qu'on te réponde: il n'envoie plus rien. Effectivement, c'est ce que je suis tenté de faire, ne prenant pas plaisir à ce que mon travail, qui nécessite des enquêtes en amont, finisse d'une chiquenaude à la poubelle. Mais si je pars ainsi, je vais garder cette impression désagréable: celle d'avoir été éliminé de façon louche, en loucedé, peut-être suite à mon article sur le "féminisme flicard" qui a tant déplu à Catherine. C'est le genre de pratique que dénonce Gérard Filoche, le contremaître qui pourrit la vie d'un employé pour le pousser à partir. Alors l'imaginer dans le journal qui porte ton nom, ça me salit les rêves.
Aussi fais-je le choix de te poser cette question: je continue ou pas? Et si je continue, je suis chroniqueur ou pas? Pour moi, on attend d'un chroniqueur qu'il exprime ses idées. On le prend pour ce qu'il est ou on ne le prend pas, mais on ne lui demande pas d'espérer d'hypothétiques parutions selon l'humeur de la direction.
Je vais même ajouter que, pour le cas où tu me répondes "continue", je n'aurais envie de le faire que si la chronique que j'ai livrée en juillet (sur l'association d'extrême droite) paraît, et que je puisse réutiliser des éléments de ma chronique de juin dans un article à venir (sur le soixantenaire de la loi de 49).
Bonnes vacances à toi, marrantes et pas trop épuisantes.
Bernard Joubert
Lettre sans réponse au 14 septembre.
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(*) Goujat: Homme grossier dont les propos ou les manières sont volontairement ou involontairement offensantes. [Trésors de la langue française] Syn.: mal élevé.
Bernard Joubert et la censure
Voici deux volets de la chronique de Bernard Joubert [ CLIC ], «Chez les censeurs», expédiées cet été à Siné Hebdo. Le journal mal élevé s'est abstenu de les publier, sans la moindre explication. Considérant qu'un bon texte doit être lu, on les passe. Même si Joubert n'était pas un de nos grands historiens de la censure, on les passerait. Même s'il n'était pas, de longue date, un copain.
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ALLIOT-MARIE DANS LE CUL
(publication prévue: juin 2009)
Imaginez que vous soyez la reine des flics. Imaginez que vous ayez sous la main une loi de censure dont c'est l'anniversaire. Cotillons, bougies sur le gâteau, comment fêter l'événement? En égorgeant une revue. Ambiance Pasqua garantie, avec des vrais bouts de Marcellin dedans, et même un peu de Papon.
La procédure était pourtant remisée au placard depuis des années, mais, ce vendredi 5 juin, Michèle Alliot-Marie l'a réactivée pour frapper Top vision du niveau d'interdiction maximale (exposition, distribution, publicité). Une revue de cul que vous ne lisiez pas, et moi non plus, pas plus que la ministre, vous pensez bien. Qui la lisait, alors? Plus grand monde. Le cul numérique a tué le cul sur papier. Pour mater du porno à l'ancienne, qui se feuillette, il ne reste guère que trois rombières et deux curés continuant de siéger à la «Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence», comme au temps de Paris-Hollywood. La demande vient de là. Ce n'est pas nouveau, ça fait soixante ans que ça dure — la fameuse loi du 16 juillet 1949 —, mais les ministres de l'Intérieur avaient perdu l'habitude d'y prêter attention. Heureusement, parce que, dernièrement, la Commission ouvrait Psikopat, la revue d'humour de Carali, le Carali de Siné Hebdo, et, ne comprenant rien à rien, la classait « à surveiller » parce que ses BD « incitent à des relations sexuelles violentes (n° 190, p. 88-89), montrent une relation sexuelle entre une femme et un homard (n° 191, p. 49) ou encore proposent que chacun tue son voisin pour sauver la planète (n° 191, p. 4)». Il en était de même avec Fluide glacial et son numéro spécial sur la Nouvelle Sexualité, où l'on trouvait « un roman-photo licencieux [de Léandri avec Gotlib!], un dossier sur les sex-toys [totalement bidon: stimulateur de pancréas, gel décoiffant pour pubis...], une bande dessinée sur le sadomasochisme [avec le fantôme du commandant Cousteau] et des petites annonces licencieuses [toutes fausses, évidemment, telles que: "Zoophile pas très bien membré cherche souris pas farouche."] ».
Me croirez-vous enfin quand je vous dis que les censeurs sont des cons ?
Bernard Joubert

un dessin de Bar dans le collimateur
des protecteurs de l'enfance et de l'adolescence
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PROMOUVOIR LES GAMELLES
(publication prévue: juillet 2009)
Promouvoir, vous vous en souvenez? Cette association de moralité publique a connu son heure de gloire en obtenant le retrait du visa d'exploitation (c'est-à-dire l'interdiction) de Baise-moi, le film de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, en 2000. Elle fit aussi interdire aux mineurs Ken Park de Larry Clark. Mais l'apogée, ça ne dure pas. Pareillement à cette autre officine d'extrême droite procédurière qu'est l'AGRIF, qui eut un moment la faveur des juges, Promouvoir s'est ensuite ramassé des gamelles à répétition. Le Conseil d'État la débouta de ses requêtes contre des revues (Micro revue, PC loisirs, Max), d'autres films (Fantasmes de Jang Sun-Woo, le Pornographe de Bertrand Bonello), un livre (Il entrerait dans la légende) ou le DVD de Baise-moi, la condamnant même à verser des dédommagements à ceux qu'elle attaquait. Les médias n'en parlèrent pas, une non-censure étant perçue comme un non-événement, et c'est dommage parce qu'un censeur qui repart la queue entre les jambes, c'est le genre d'info qui vous égaie la journée. Alors, ensoleillons ce jour...
Alléchés par les bruits de scandale au Festival de Cannes, Promouvoir et quelques amis, Action pour la dignité humaine, l'Union départementale des associations familiales du Rhône et le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine — rien que des gens avec qui on a envie de se faire une sortie cinoche —, viennent de demander au Conseil d'État que soit classé X, ou au moins interdit aux mineurs, Antichrist de Lars von Trier. Toutes les chances étaient de leur côté, le film contenant des plans hards et des scènes très violentes. Pour parfaire la plainte, avait même été ajouté qu'Antichrist véhicule «un message de mépris et de haine à l'égard des femmes». Très malin, ça. L'argument fait florès dans les décisions de censure administrative de ces dernières années, où il s'ajoute, sans la remplacer, à la traditionnelle protection de la jeunesse. Le Conseil d'État avait donné l'exemple avec Baise-moi qu'il résumait à «une succession de scènes de grande violence et de scènes de sexe non simulées, sans que les autres séquences traduisent l'intention, affichée par les réalisatrices, de dénoncer la violence faite aux femmes par la société». Quand, il y a deux ans, Christine Albanel a interdit aux mineurs Quand l'embryon part braconner, un film soft de 1966, réalisé par Koji Wakamatsu (l'interviewé de Siné Hebdo n° 36), ce fut en invoquant «une image des relations entre les êtres fondée sur l'enfermement, l'humiliation et la domination de la femme». Et quand, le mois dernier, Michèle Alliot-Marie a interdit d'exposition (c'est-à-dire interdit tout court) la revue porno Top vision, c'est parce que, dixit la Commission de surveillance, «certaines photographies montrent des femmes attachées, ligotées ou ficelées».
Promouvoir jouait donc sur du velours. Sauf que Charlotte Gainsbourg a eu le prix d'interprétation féminine à Cannes et que la notoriété intimide toujours la censure. Nouvelle gamelle. Ah! que cette journée est belle!
Bernard Joubert
04 juillet 2009
Paul Avoine

© paul avoine
dessin publié dans un récent Siné Hebdo.
c'est joli, c'est classe
ça nous change des rustres qui débogillent leur suffisance
et leur plouquitude crasse à longueur de colonnes, depuis une semaine
[merci à PA qui m'a envoyé le fichier]
26 mai 2009
Coup de Bar 4

En marge des remous suscités par un article de Bernard Joubert (dans SinéHebdo) sur le féminisme flicard appelant à la censure d'artistes non conformes. [Pour se rafraîchir la mémoire, cliquons sur le tag "Orelsan".]
Deux dessins de Bar, toujours le bienvenu ici. Saignants à souhait.
Inédits. Allez savoir pourquoi. Refusés ? Allez savoir.

15 mai 2009
les censeurs et les censeuses
Increvable dénonciateur de la censure, dont il est devenu un des historiens de référence, Bernard Joubert confiait une chronique à Siné Hebdo, la semaine dernière. Ce texte bref commentait "l'affaire Orelsan" et la tentation de certaines formations néoféministes de dénoncer, de faire taire, de punir, de pénaliser, de criminaliser, d'interdire et de censurer, bref de couper, à la moindre occasion, tout ce qui dépasse. J'ai cru comprendre que l'article a eu beaucoup de mal à trouver sa place au sommaire du canard (auquel collabore furieusement un ex-cadre des Chiennes de garde). Grâce à une intervention de Delfeil de Ton, le texte est passé finalement, accompagné il est vrai de la dégueulasse et infamante mention "Les propos publiés ci-dessus n'engagent que leur auteur". Dans la presse mal élevée et censément subversive que nous aimerions continuer à soutenir de toutes nos forces, on a connu formulation plus délicate, solidarité plus fine avec ses collaborateurs. Cette semaine, le texte de Bernard suscite quelques réactions convulsives, des insultes sur sites (Joubert ne peut être que d'extrême droite, comme Siné, l'été dernier, ne pouvait être qu'antisémite) à l'hystérie confusionniste d'une hyène "militante pour le droit à la vie et à la dignité des femmes" [courrier des lectrices], en passant par la bêtise bien rôdée de l'ex-Chienne de garde stalinienne dont je parlais plus haut. [Je suis trop mal embouché pour vous donner ici son adresse. Manquerait plus que ça. Si vous avez du temps à perdre, cherchez.] Mais je suis de parti pris, et je soutiens les positions de Joubert sur la censure. Je vous redonne donc le texte de son coup de sang.
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[Chez les censeurs] Le féminisme flicard
Les censeurs me dégoûtent comme de la soupe à la crotte. Hommes, femmes, de droite, de gauche. La répulsion qu'ils m'inspirent tient notamment au plaisir qu'on leur voit éprouver le jour où ils ont la possibilité de manier le bâton. Comme ils en rêvaient! Comme ils le réclament! Moi! Moi! Je veux punir! Je sais sur qui taper!
Il y a quelque trente ans, Annie Le Brun déplorait qu'un féminisme de répression ait pris le pas sur celui qu'elle aimait, le féminisme libertaire. C'était l'époque où des militantes du MLF envahissaient les bureaux de l'Express qui republiait Histoire d'O et où l'on interdisait l'hebdomadaire Détective parce que les faits divers de ses affichettes offraient «une image dégradante de la femme, le plus souvent considérée comme un simple objet sexuel» (la députée communiste Gisèle Moreau à l'Assemblée). Le rappeur Orelsan n'était même pas encore forniqué par ses parents que le Programme commun des femmes, présenté par l'avocate Gisèle Halimi, formulait une proposition de loi punissant jusqu'à deux ans de prison «quiconque aura, par ses paroles, discours, slogans publicitaires, chants, textes dits ou reproduits par tous moyens d'édition et de reproduction audiovisuels, porté atteinte à la dignité des femmes».
Trente ans de ce féminisme flicard, ressassé, devenu un idéal militant envahissant, il faut faire un effort pour se rappeler que le féminisme n'est pas fatalement ça, ces pulsions liberticides, la ministre Yvette Roudy et son fameux projet de loi contre «la représentation stéréotypée, dévalorisée ou avilissante des femmes» (exposé des motifs), la secrétaire d'État Nicole Péry voulant légiférer contre la violence sexiste des affiches de la crème fraîche Babette («Je la lie, je la fouette et parfois elle passe à la casserole», lisait-on sur le tablier d'une cuisinière qui tenait d’une main résolue son fouet à œufs) ou la Meute et les Chiennes de garde, même si, leurs guignolades médiatiques accomplies (comme d'attribuer ces dernières semaines à Cavanna le titre de «macho de bronze»), ce sont les présidentes de ces associations que le Parlement songe à auditionner pour savoir si les Françaises veulent qu'on modifie la loi sur la liberté de la presse dans le sens de moins de liberté*. (Oui, et pas qu'un peu, répondent lesdites associations.)
Tenant plutôt chronique dans Siné Mensuel que Siné Hebdo, j'arrive après la bataille Orelsan et les appels à la déprogrammation, au boycott, à l'éviction d'Internet, au procès. C'était fascinant de voir ce clip, qui végétait depuis deux ans sur YouTube, s'envoler jusqu'à 100 000 connexions par jour, et ceux-là mêmes qui nous le faisaient connaître par leurs cris scandalisés nous expliquer qu'il était scandaleux que ce chanteur cherchât le scandale pour se faire connaître.
Parce qu'en plus d'être dégoûtants, les censeurs sont bêtes.
Bernard Joubert
* www.assemblee-nationale.fr/rap-info/i3663.asp + www.assemblee-nationale.fr/12/cr-delf/04-05/c0405001.asp
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06 mai 2009
Raoul Vaneigem: Appel à la désobéissance civile
Raoul Vaneigem, le 6 mai, dans SH n°35 (dossier Délit de solidarité)
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Appel a la désobéissance civile
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Quand un État promulgue des lois qui vont à l’encontre du sens humain, il se prive du droit de les faire appliquer. Nul n’est tenu d’obéir à un ordre qui porte atteinte à la dignité de l’homme. À l’infamie de la délation et de la chasse aux sans-papiers, il n’est qu’une seule réponse : la désobéissance civile, au nom de la solidarité humaine. Si nous n’y prenons garde, bientôt ce seront les grévistes et les travailleurs occupant leurs entreprises qui serviront de boucs émissaires aux gouvernements en crise.
Nous sommes entrés dans une ère où l’affairisme qui a programmé sa propre faillite prétend programmer aussi celle de notre existence. Comme le disait le manifeste d’Édouard Glissant, de Patrick Chamoiseau et de leurs amis, le problème n‘est pas le panier de la ménagère mais la poésie de la vie, dont le système économique continue de nous dépouiller. Le mépris et le cynisme des multinationales vont de conserve avec la veulerie du clientélisme politique qui renfloue l’escroquerie des banksters avec l’argent des citoyens. Qui nous fera croire que les taxes et des impôts, hier prélevés au nom du bien public, vont servir aux hôpitaux, désormais traités comme des « entreprises en difficulté », aux transports en commun, à la poste, aux écoles, aux chercheurs, à la métallurgie, aux énergies alternatives, aux entreprises socialement utiles ?
Alors que les travailleurs sont licenciés massivement et que l'argent public dédommage les gestionnaires de faillite, comment supposer que les citoyens vont tolérer sans réagir que ceux qui représentent moins le peuple qu'un pouvoir politique et économique crapuleux se foutent d'eux à ce point ? Or ce qu'il faut craindre, c'est la violence aveugle du désespoir, celle que suscitent partout les provocationsimbéciles d'un Etat qui mise sur elles pour restaurer une autorité qu'il n'a plus. C'est ici que la solidarité avec les sans-papiers revêt une importance primordiale : elle démontre que les lois répressives d'un Etat, au service du capitalisme qui dévaste la Terre, sont nulles et non avenues quand ce qui est en jeu c'est le drot, non à une survie de bêtes traquées, mais à la vie. A une vie que la cupidité capitaliste détruit dans l'individu et dans la société. La solidarité avec les sans-papiers exprime la volonté d'une solidarité plus vaste, d'un mouvement réunissant dans un même combat ceux qui, lassés du clientélisme politique de gauche et de droite, prennent conscience qu'il est temps d'opposer à une démocratie parlementaire corrompue l'expérience de la démocratie directe.
C'est aujourd'hui qu'émerge, lentement mais sûrement, l'idée que l'humain l'emporte sur la barbarie et sur l'injustice. Si nous ne sortons pas de la réalité économique en créant une réalité humaine, nous permettrons une fois de plus à la barbarie marchande de se perpétuer. Il n'y a pas d'autre issue à la crise que la généralisation pratique du principe : l'humain prime l'économie ; la défense de l'homme, de la femme, de l'enfant et de la nature révoque les lois du commerce.
Raoul Vaneigem
30 avril 2009
Satire dans tous les coins
CH et SH en bisbrouille, ça commence à durer.
Cette semaine, on se dispute pour des causes.
La semaine prochaine, Charb part au Mexique avec Mme Siné.
AgoraVox semble se demander lequel fait de la pub à l'autre.

A Calais, ils s'en foutent. Ils regardent la mer.
26 avril 2009
Royal : pas de pardon
Au spectacle ridicule d'une cheftaine déchue rageant de n'être pas assez souvent invitée à la télévision, et assumant pour ce faire, le plus cruchement du monde, quelques couillonnades supposées du calife en titre, il ne suffit pas de glousser en la traitant de folle. Encore fallait-il démontrer, en philosophe, qu'elle est aussi absurdement idiote, parfaitement inculte et totalement nocive à la vie publique. C'est ce que fait Michel Onfray, avec une clarté éblouissante, dans le dernier numéro de Siné Hebdo. Nous le trouvions un peu endormi, le Michel, depuis quelques semaines («transfiguré» qu'il était par Welcome de Philippe Lioret ou irrité par le goût du sabotage de moult étudiants qui, du même coup, désertaient ses conférences). Nous voilà rassuré. Nous préférons qu'il nous parle de Jankélévitch (ou de Diogène) que de Pouget ou de Bakounine.

« [...] Le cas Ségolène Royal n’est guère plus réjouissant. [...] Dernière crétinerie en date : la demande de pardon à Dakar pour une faute qu’elle n’a pas commise ! Il lui faudrait arrêter de lire BHL (son autre mentor avec Régis Debray) et lire Le Pardon et Pardonner ? de Jankélévitch… Dans ces deux magnifiques textes, le philosophe explique les conditions du pardon : d’abord, il faut que l’offenseur en fasse la demande ; ensuite, il faut que l’offensé, et lui seul, l’accorde. De l’impossibilité pour les offensés des camps d’extermination à pouvoir pardonner, de l’absence aussi, évidemment, de demande de pardon des offenseurs nazis, Jankélévitch concluait au caractère impardonnable de la Shoah, donc à son imprescriptibilité.
Dans le cas qui nous occupe, l’offenseur est Sarkozy, qui, bien évidemment, et pour cause, n’a pas demandé pardon d’avoir affirmé que les Noirs étaient par nature incapables d’entrer dans l’Histoire. Ensuite, l’offensé, c’est le peuple africain, qui, lui seul, et personne d’autre à sa place, ne peut accorder ce pardon. Ségolène Royal n’est pas l’Afrique, et elle n’est pas le président de la République. Elle n’est ni l’offensée, ni l’offenseuse.
On ne saurait pardonner l’offense faite par un tiers ! Qui pourrait pardonner un violeur du forfait qu’il n’a pas subi lui-même ? Sinon un curé… Quelle brutalité faite à l’offensé que de s’y substituer ! C’est deux fois l’humilier que de s’arroger le droit indu de pardonner à sa place. Ici, c’est ajouter l’injure royaliste à l’offense sarkozyste. L’insanité du président de la République est l’avers d’une médaille dont le revers est la démagogie de la battue socialiste. Dans les deux cas, une fausse monnaie dont il faut se débarrasser. » [ Michel Onfray, Siné Hebdo n° 33 ]
09 mars 2009
L'Île aux fleurs
« J'avais tout essayé: Adam Smith, John M. Keynes, Max Weber, Das Kapital, Alain Badiou et Che Guevara, rien à faire, ça ne voulait pas rentrer. Le film de Jorge Furtado a été un éblouissement. J'ai tout compris en douze minutes. Le plan de L'Horreur économique s'est déroulé dans ma tête. » (Viviane Forrester)
« Je dois tout à L'Ile aux fleurs. » (Naomi Klein)
« Je rêve de confier une chronique hebdomadaire à Furtado, mais ce con-là, il ne boit pas. » (Siné)
« Où veulent-ils en venir, avec cette histoire de pouce préhenseur et de télencéphale hautement développé ? » (Philippe Val)
Ilha das Flores [L'Île aux fleurs]
Brésil, 1989, 35mm, 12' ~ Réalisation et scénario Jorge Furtado ~ Production Giba Assis Brasil, Nora Goulart Casa de Cinema ~ Musique Geraldo Flach ~ Photographie Sergio Amon, Roberto Henkin
